21 juillet 2019
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Laissez-passer de Bertrand Tavernier : La critique

Ce qu'il y a d'étrange dans le cinéma de Bertrand Tavernier, c'est qu'au-delà de son travail de cinéaste qu'il accomplit avec un talent reconnu depuis longtemps, il se trouve toujours un travail de pédagogue. Ses films ne constituent pas que des réussites cinématographiques par leur mise en scène ou leurs qualités esthétiques, ils apportent toujours un élément de réflexion au spectateur.

En cela, Bertrand Tavernier peut être défini comme un artiste engagé (au moins dans la défense du cinéma), un cinéaste qui réalise des films dont la vocation est aussi d'être utile. Laissez-passer le prouve encore.

Dans la France de 1942, l'un des seuls moyens de continuer à travailler pour le cinéma reste d'être employé à la Continental, une firme allemande mais qui produit des films français. Résister ou collaborer n'est pas si simple et pour éviter de subir le joug allemand, les chemins peuvent être différents.

Jean-Devaivre, alors assistant metteur en scène va accepter de travailler pour la Continental espérant ainsi camoufler ses actions de rébellion plus facilement. Le scénariste Jean Aurenche fera, lui, le choix de ne pas s'allier avec les allemands et de travailler comme il le pourra.

En suivant l'un et l'autre, on croise nombre de personnalités ou d'anonymes du cinéma de cette période qui eux aussi essaient de se trouver une place pour vivre et survivre au cours des années noires.

En alternant le parcours de l'un et de l'autre, Bertrand Tavernier dresse un tableau de la France occupée. Collabos et résistants se mêlent et rivalisent de ruse pour tenir un peu plus longtemps. Les personnages, nombreux et contrastés, évitent le manichéisme.

La frontière n'est jamais claire entre les deux mondes et ce sont souvent les plus petits actes qui poussent les acteurs vers un comportement ou l'autre. Parce que c'est d'abord une époque difficile que filme Bertrand Tavernier à travers les souvenirs des deux personnages.

Les rôles de femmes, interprétées par un quatuor d'actrices en forme, apportent beaucoup de nuances au film. C'est là qu'est le plus perceptible l'intelligence de Tavernier : il ne juge pas mais essaie, avec sa caméra, de comprendre. Comprendre ce qui pousse Devaivre ou Aurenche à faire comme ils le peuvent acte de résistance tout en continuant à exercer le métier qu'ils aiment.

"Laissez-passer" est une succession de scènes de souvenirs de Devaivre ou Aurenche. Tantôt comique (l'escapade anglaise frôle le burlesque), tantôt tragique, le film n'a qu'un défaut : la volonté de pédagogie trop prononcée de Bertrand Tavernier qui, par son petit côté "prof", détruit un peu du charme de l'ensemble.

C'est d'autant plus dommage que les 2h50 du film ne se font pas du tout sentir tant l'ensemble est mené de main de maître par celui qui reste avant tout un grand cinéaste.

Auteur :Guillaume Branquart
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