25 janvier 2020
Critiques

L’Art du mensonge : Une vieille arnaque

par Alexa Bouhelier-Ruelle

Pour leur première collaboration les deux titans du cinéma britannique, Helen Mirren et Ian McKellen, se retrouvent dirigés par le réalisateur Bill Condon dans un thriller malheureusement décevant.

"L'Art du mensonge" est un bon exemple d’à quoi ressemble le cinéma dit « pour adulte », un genre en voie de disparition avec l’hégémonie Disney. Ce film peut attirer l’intérêt d’un public sénior. Il est vrai qu’il existe un certain sens du réconfort lorsque que l’on voit ces deux acteurs de génies se donner la réplique impeccablement à l’écran tout en buvant du thé ou sifflant une coupe de champagne.

Cependant, sous cette peau épaisse de glamour britannique, il n’y a pas grand-chose d’intéressant. À chaque tournant de l’histoire corresponds son flash-back, ce qui alourdit grandement le récit. Ce film a du style, et la compétence de l’équipe technique ne fait aucun doute. Pourtant, il manque un petit je-ne-sais-quoi qui ferait de l'ensemble un digne héritier de John le Carré. Et si "L’Art du mensonge" tient son public en haleine c’est bel et bien, et seulement, grâce à la performance éblouissante de ses deux acteurs principaux : l’élégance d’Helen Mirren combinée à la malice de Ian McKellen.

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Helen Mirren et Ian McKellen - Copyright Warner Bros. France
Toutefois, il semblerait qu’aucun des deux acteurs ne comprennent vraiment son personnage. Un bémol qui n’est pas de leurs fait, car, aussi bien Helen Mirren que Ian McKellen, tous deux donnent le meilleur d’eux-même. Chaque spectateur pourra trouver ne serait-ce qu’un petit peu de plaisir en regardant deux acteurs de cette trempe se donner la réplique dans un film malheureusement trop peu audacieux, qui accumule les diversions et s’éloigne trop des deux personnages principaux.

Pourtant, "L’Art du mensonge" est réalisé par Bill Condon, plus communément connu pour d’autres projets plus orientés vers les adultes comme "Dr. Kinsey" ou pour des productions de grande envergure telles "La Belle et la Bête" et "The Greatest Showman". Ayant prouvé qu’il savait diriger des projets de grands studios, Bill Condon ne parvient cependant pas à trouver le moyen efficace pour maintenir l’intérêt de son public avec "L’Art du mensonge", la faute résidant principalement en un scénario trop bancal.

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Helen Mirren et Russell Tovey - Copyrights Warner Bros. France
Adapté par Jeffrey Hatcher, d’après le livre de Nicholas Searle sorti en 2016, "L’Art du mensonge" est loin d’être un désastre, mais est clairement inconsistant. Un exemple : au début du deuxième acte de ce thriller, une narration déclenche une série de flash-backs qui remet en contexte tout ce que l’on a pu voir depuis le début. En dire plus serait tomber dans le piège du spoiler.  "L’Art du mensonge" prend donc pour cible le public d’Alfred Hitchcock, de Patricia Highsmith voire même de John le Carré sans pour autant réussir à établier l'ambiguïté et à construire le suspense de ses glorieux prédécesseurs. Pour un thriller basé sur des secrets et des plans mystérieux, le scénario est finalement beaucoup trop limpide et c'est regrettable.

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