6 décembre 2021
Critiques

Last Night in Soho : Quand le rêve devient cauchemar

Par Alexa Bouhelier Ruelle


Dans l’une des toutes premières scènes de "Last Night in Soho" d’Edgar Wright, l’icône britannique du petit écran : Rita Tushingham, décrit l’engouement, la musique et la mode des ‘Swinging 60’s’ à Londres. Elle incarne la grand-mère de notre héroïne. Éloïse est une jeune fille de la campagne qui débarque à Londres pour ses études. Très vite le tableau de la capitale britannique est dressé. Edgar Wright s’engage à mettre un coup de frein sur une nostalgie aveugle. Il met en scène une critique très évidente d’une masculinité toxique.

L’histoire d’une ville. Les bons et les mauvais souvenirs s’entremêlent dans l’essence même de son architecture telle une tâche. Les événements passés peuvent remonter à la surface si l’on regarde assez attentivement. Et que dire de Londres ? Avec une culture aussi caractéristique. De la mode, en passant par la musique, ou même les films, le réalisateur met tout en œuvre pour invoquer le Soho des années 60. Mais aussi le Soho moderne.

La présence de Rita Tushingham (aux côtés de Terence Stamp et de l’autre légende qu’était Diana Rigg dont c'était la dernière apparition à l’écran avant son décès l’automne dernier) montre le clair attachement que porte Edgar Wright à cette époque londonienne. "Last Night in Soho" est aussi le premier film du réalisateur avec une héroïne féminine. Le film en ressort plus fort pour cela. En parallèle de Rigg et Tushingham, on y retrouve Synnøve Karlsen dans le rôle de l’étudiante peste qui poussera Éloïse à bout. Cependant, le film est surtout porté par un duo de choc : Anya Taylor-Joy (la série "Le Jeu de la Dame") et Thomasin McKenzie.

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Anya Taylor-Joy et Thomasin McKenzie - Copyright 2021 FOCUS FEATURES LLC. ALL RIGHTS RESERVED

Rien de tout ceci ne fonctionnerait sans ces deux actrices. Elles y incarnent deux personnalisées distinctes alors que leurs deux vulnérabilités s’entremêlent aussi. Les deux femmes sont le miroir des contrastes existant à Soho, entre le quartier des ‘red-lights’ et l’image de la gentrification moderne. Alors que la talentueuse Mckenzie réussit à capter à la fois l’innocence et la fragilité de son personne, elle lui insuffle une surprenante force de caractère.

D’un autre côté, il y a une fascination certaine dans la descente aux enfers de Sandie, de starlette prometteuse à une simple poupée que les hommes utilisent. C’est ce commentaire sur l’inégalité des sexes qui rend le thriller "Last Night in Soho" tout particulièrement intéressant. Comment une femme aussi sur d’elle peut-elle se retrouver prisonnière d’un tel engrenage ?

Au sommet de sa forme, Edgar Wright est un compteur d’histoire incroyable. Encore une fois, ici, il comprend l’importance d’une caméra dynamique, d’un montage rythmé et d’une musique appropriée en toutes circonstances. Surtout, le réalisateur ne laisse jamais tous ces paramètres prendre le pas sur l’intrigue et les personnages. La bande-son est un élément à part entière du film. Faisant écho à "Baby Driver", Wright réussit à l’intégrer totalement dans le tissu même de "Last Night in Soho".

De plus, le travail de Marcus Rowland sur les décors est époustouflant. Ainsi que celui de Odile Dicks-Mireaux pour les costumes. Tout spécialement les éléments de mode rappelant les années 60. Des costumes qui sont rehaussés par les néons rouge et bleu lors des scènes de nuits. Le tout créant des visuels hypnotiques entre les mains du directeur de la photographie coréen : Chung-Hoon Chung.

Au-delà des thèmes principaux, malheureusement juste effleurés en surface, Edgar Wright ne s’aventure pas bien loin. Il n’aborde pas l’industrie du sexe, la pression des castings ou bien la santé mentale de ses personnages. A la place, il se repose sur des touches d’humour, beaucoup de sang et des hommages clairs à de meilleurs films. En temps normal, cela ne suffirait pas à produire un bon film. Toutefois, cette fois ci, la tonalité de la production rend "Last Night in Soho" convaincant dans l’ensemble. Il se joue des genres. Il passe de la fantaisie à un conte de fée sombre, empli de mystère et de cauchemar.

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