11 juillet 2020
Critiques

Le cas Richard Jewell : L’enfer est pour le héros

Par Alexa Bouhelier Ruelle

Dès sa sortie aux États-Unis, "Le Cas Richard Jewell" avait déchaîné les passions du plus grand nombre. Clint Eastwood voudrait-il de nouveau verser dans une propagande conservatrice ? Et bien, il n'en est rien ! Le vieux briscard du cinéma américain propose un film complexe qui ne tombe jamais dans la caricature. L'avis d'Eastwood sur les autorités, mises en cause dans cette affaire, semble teinté d'ambivalence tout comme c'est le cas pour les personnages principaux. D’un coté, nous avons un courageux héros qui s'érige comme le parfait reflet des forces auxquelles il s’oppose. De l'autre, le système qui, avec l'appui de la presse, va progressivement le broyer.

Après un demi-siècle en tant que réalisateur, Eastwood, pierre angulaire du cinéma moderne, revient avec ce nouveau film sur la tentative d’attentat commise lors des JO d’Atlanta en 1996. Avec un scénario signé, Billy Ray, "Le Cas Richard Jewell" s'avère être potentiellement l’un des films parmi les plus politiquement marqués du réalisateur.

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Kathy Bates - Crédits photos : Warner Bros. France


Des personnages à fleur de peau


Eastwood met en scène la vulnérabilité de ses personnages en tant que simples citoyens face aux pouvoirs de l’état. Il montre par ailleurs la mise en lumière cruelle de la vie privée par la  machine médiatique. Aucune référence n’est faite au terroriste ayant réellement posé cette bombe jusqu’à la toute fin du film. Il s'agit d'Eric Rudolph, un extrémiste homophobe et anti-avortement, qui aurait eu des lien avec des milices chrétiennes et des groupes suprématistes blancs comme le KKK. Aujourd'hui, l’homme est toujours en prison bien qu'il demeure un héros dans les cercles qu’il fréquentait jadis.

Cet aspect, pourtant majeur, est laissé de côté par Clint Eastwood qui choisit de mettre en exergue le cas de Richard Jewell. Le réalisateur semble fasciné par ces récits mettant en avant des personnes ordinaires prêtes à prendre des décisions héroïques. Eastwood et son scénariste suggèrent intelligemment que Richard Jewell pourrait bel et bien être le poseur de bombe. Son personnage est attentif aux moindres détails et souffre du rejet permanent des figures d’autorités autour de lui.

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John Hamm - Crédits photos : Warner Bros. France


Un réalisme à toute épreuve


C’est là que réside le génie du "Cas Richard Jewell" : dans ce fil rouge qui résume parfaitement toute l’humilité de la performance de Paul Walter Hauser. Ce dernier évite les stéréotypes et la simplification d’un personnage qui s’avère être plus compliqué qu’il n’y paraît. Clint Eastwood respecte cet homme au lieu de le moquer de lui et l’accepte tel qu’il est. Il démontre aussi avec brio que l’honnêteté et la franchise paient toujours. Richard Jewell reste profondément bon malgré les attaques qu'il subit de toutes part.

Paul Walter Hauser, dont les performances  dans "Moi, Tonya" et "BlackKklansman"  étaient remarquables, demeure l’un des acteurs les plus prometteurs de sa génération. Il incarne Jewell à la perfection, autant dans le verbe que dans sa posture. Jouant sans réellement jouer, on pourrait dire qu'il incarne ce personnage à la perfection. 

En face de lui, Kathy Bates est impeccable, en mère désabusée. Bates est rejointe par Sam Rockwell, Jon Hamm et Olivia Wilde avec lesquels Hauser à de nombreux échanges tout au long du film. Toutefois, c’est bel et bien avec Sam Rockwell que cette alchimie fait en priorité des étincelles. Dans la peau de Watson Bryant, un avocat qui n’a pas sa langue dans sa poche, Rockwell éblouit par son charisme et son talent.

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Sam Rockwell - Crédits photos : Warner Bros. France


Chez Eastwood, pas de demi-teinte


La perception du héros et du méchant dans les films de Clint Eastwood a toujours été complexe. Il ne fait pas les choses à moitié, les méchants sont de fait très mauvais et le héros est littéralement trop bon. De même, d’un côté il y a le FBI suivant à la lettre un profil préétabli sans réellement enquêter et de l’autre il y a les médias. Un indice vient de fuiter lors d’une conversation floue entre un agent du FBI et une journaliste prête à tout pour le scoop du siècle. S’en suit un article, c’est à ce moment précis que le film débute.

Comme à son habitude, Eastwood met en scène un long métrage linéaire et fascinant sur la descente aux enfers d’un homme et de ses proches. Avec "Le Cas Richard Jewell", Eastwood ancre sa mise en scène dans le réel et cela renforce d'autant plus la pertinence du propos.


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