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Le Château ambulant : La critique du film

Par Benjamin Thomas


Après une poignée de rééditions qui ont pu faire découvrir au grand public toute la richesse et l'étendue du talent du maître japonais de l'animation, voici qu'arrive enfin son dernier opus, sorti en 2004 au Japon.

Si le titre de ce successeur du Voyage de Chihiro rappelle Le Château dans le Ciel, film qui a déjà presque 20 ans, il est plus proche de Princesse Mononoke pour le couple qu'il construit et que tout sépare. Il en est proche aussi par le tableau d'un monde livré à la folie des hommes, s'épuisant dans des guerres que l'on pourrait qualifier d'abstraites si elles n'étaient pas si meurtrières. Les conflits ont beau nous être montré de loin, ils n'en sont pas moins inquiétants, avec ces engins de guerre ressemblant à de visqueux insectes... Sophie est donc une jeune fille seule, qui semble avoir sacrifié son enfance. Elle vit déjà comme une vieille femme. Il ne lui en manque plus que l'aspect physique, ce que la sorcière des landes va lui infliger, la prenant pour une complice du beau Hauru, magicien que Sophie a rencontré fortuitement. C'est alors que commence l'Aventure.

Comme souvent chez Miyazaki, le personnage principal a du faire trop brutalement ses adieux à l'enfance. Des péripéties plus magiques, enchanteresses, mais aussi inquiétantes, que jamais vont lui permettre de renouer un moment avec cet état (proche de la vieillesse d'ailleurs, comme le souligne Sophie Grand-Mère) où rien n'étonne, où l'on vit le merveilleux, l'inconnu sans le craindre. Alors, elle pourra faire un deuil heureux et épanoui de son enfance, ce qui ne veut pas dire l'oublier. En cela, Le Château Ambulant rappelle Kiki, autre film de Miyazaki où une jeune fille rompait brutalement avec l'insouciance devenait trop adulte, puis comprenait qu'il convenait de faire naître l'alchimie entre ces deux ages pour vivre une vie épanouie.

Lorsqu'au milieu des adultes, on continue à s'émerveiller de petites choses qu'eux ne voient plus, on a atteint cet état vers lequel tend tout le cinéma de Miyazaki. Est-il besoin de rappeler, enfin, qu'on ne trouvera ici aucune trace du manichéisme qui traverse encore bon nombre de films d'animation occidentaux ? C'est une des qualités fondamentales de l'univers de Miyazaki, et ici encore, Sophie, en héroïne japonaise, même si elle a les atours d'une autrichienne du 19e, sait l'importance du sentiment d'appartenance, du refuge qu'offre la famille improbable mais choisie qu'elle s'est construite en y incluant certains de ses ennemis d'antan. Ajoutez à cette petite perle un refus catégorique d'une quelconque limite dans l'imagination, le bon goût de s'enrichir de réflexions profondes sur l'attitude de Japon dans la dernière guerre, et un essai poétique sur l'amour sans âge...

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