27 octobre 2020
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Le Château ambulant : Le choix de Sophie

Par Patrick Beaumont


Après Princesse Mononoké et Le Voyage de Chihiro, Hayao Miyazaki nous livre un nouveau chef-d'oeuvre avec son neuvième long-métrage inspiré de l'oeuvre de la romancière anglaise Diana Wynne Jones, Le Château de Hurle.


Loin de l'angélisme ou de la mièvrerie qui, longtemps, dicta sa loi dans le domaine de l'animation, les films du cinéaste japonais n'esquivent pas le difficile apprentissage d'une enfance confrontée à un environnement hostile. Mais alors que la plupart de ses œuvres relatent le passage de l'enfance à l'adolescence, Le Château ambulant évoque ce moment fragile et précieux où la vie d'une adolescente bascule dans l'âge adulte à travers l'histoire extraordinaire, au sens littéral du terme, de la jeune Sophie, âgée de 18 ans, qui va affronter l'adversité et découvrir les horreurs de la guerre avant de goûter aux délices de l'amour.

Les prémices de l'histoire nous montrent la jeune fille vivant et travaillant dans une boutique de chapelier. Lors de l'une de ses rares sorties en ville, elle rencontre Hauru, séduisant magicien poursuivi par d'étranges créatures auxquelles il échappe en volant au-dessus des toits, prenant par la main une Sophie sous le charme qui a l'impression de vivre un "rêve". Dès ces premières séquences, le film est à la fois enraciné dans un quotidien précis et s'échappe dans un merveilleux enchanteur et inquiétant. Cette collision entre un dessin pointilliste ancré dans une réalité et l'échappée belle dans l'imaginaire à travers des créatures bienveillantes ou malfaisantes va se poursuivre tout au long du récit même si ce dernier abandonnera en cours de route toute rationalité (plus le film chemine, plus il s'affranchit des codes narratifs).

Subitement métamorphosée en vieille femme de 90 ans par un maléfice de la sorcière des landes, Sophie doit s'enfuir de la maison familiale et braver l'hostilité du monde. Cependant, grâce aux bons soins d'un épouvantail, elle trouve refuge dans le château ambulant de Hauru et s'y fait engager comme femme de ménage en attendant de pouvoir briser le sortilège. Là, elle trouve une nouvelle famille composée de Marko, jeune orphelin disciple du magicien, et le récalcitrant Calcifer, hilarant démon du feu victime lui aussi d'un sort ("L'avantage de vieillir, c'est de ne plus s'étonner de rien" dit-elle à son sujet). Là, elle découvre de nouveaux horizons (une porte magique du château lui donne accès à des lieux différents), un ailleurs plein de promesses, un autre monde où la logique n'a pas sa place même si l'ancestral combat contre les forces maléfiques n'a rien perdu de sa puissance. Car les échos de la guerre se font de plus en plus assourdissants (l'exode jette sur les routes les habitants du royaume) et Hauru livre une bataille sans merci contre les hommes-caoutchouc, ces "humains qui ont oublié le goût des larmes".

Au milieu d'un monde au bord du gouffre, Sophie doit apprendre à s'affranchir de ses peurs, se libérer du cocon protecteur que forme le château ambulant (à la fin réduit à sa plus simple expression : un plancher et deux jambes mécaniques !), défendre sa nouvelle famille et sauver son amour de ses ennemis. Un défi herculéen dont s'acquittera avec bonheur une Sophie désormais entrée dans l'âge adulte, épilogue réconciliateur d'un film somptueux.

Une authentique splendeur visuelle, au rythme trépidant mais truffée d'incises poétiques, qui nous laisse admiratif devant l'inépuisable génie créatif de son auteur.

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