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Le Château dans le ciel : Tombé(e) du ciel

Par Caroline Cranskens

Pour son premier film rattaché au studio Ghibli, le maître absolu de l'animation japonaise a démarré très fort (et la suite de son parcours, jusqu'au brillantissime Voyage de Chihiro, nous prouve qu'il s'est aisément habitué au génie). N'empêche qu'il aura fallu attendre quinze longues années avant de pouvoir contempler ce chef d'oeuvre pré-Totoro.

L'univers du château dans le ciel est multiple et complexe. Ce film se présente sous la forme d'un curieux objet hybride, conçu comme une fable merveilleuse qui serait recouverte d'une bonne couche de réalisme social. Le jeune Pazu vit dans un pays qui n'est pas sans rappeler l'Europe de la révolution industrielle avec ses paysages ruraux peuplés de mineurs et de maisons alignées. Le cours de son existence va être bouleversé par l'irruption d'une jeune fille, Sheeta, qui, au terme d¹une chute depuis le ciel, sera amortie par une étrange pierre lumineuse et atterrira dans ses bras. S'ensuit toute une série de péripéties durant lesquelles nos deux jeunes héros seront aux prises avec l'armée, un clan de pirates loufoques et un mystérieux homme à lunettes. Tous veulent mettre la main sur Sheeta et sa pierre surnaturelle qui détient le secret conduisant à l'île mythique de Laputa.

Comme dans beaucoup des autres films du réalisateur nippon, le personnage-enjeu est une jeune fille qui va devoir se confronter à des forces qui la dépassent afin de pouvoir continuer à vivre normalement. Ici, Sheeta est la figure même de la libératrice qui, au terme d'un apprentissage relativement rapide au cours duquel elle acquiert la maturité nécessaire à la compréhension des enjeux qui pèsent sur le monde, va rétablir l'équilibre. Pazu, lui, apparaît comme celui qui recherche le "mythique", qui court après l'autre monde. Il se pose en adjuvant physique (parfois mental) qui prépare le terrain et réceptionne en cas de besoin. Quant aux autres personnages, ils sont tous représentatifs d'un mode de pensée négatif voire néfaste face à tout ce que recèle cette Atlantide. Les membres cupides du clan Dora incarnent les bons vrais pirates assoiffés de trésor et gardent un côté sympathique. L'armée, elle, tient à établir une position stratégique sur l'île quitte à tout décimer pour y parvenir. Quant à l'homme à lunettes, il incarne la volonté inhumaine de domination totale par la destruction massive. (Lors d¹une séquence magnifique et bouleversante de bombardements depuis le Château, on se rend compte que le spectre d'Hiroshima et de Nagasaki est toujours présent).

En filigrane, se dégage de cette fable une volonté de pointer du doigt l'évolution technologique quand elle ne profite qu'à la violence et à l'anéantissement. La construction du récit, et ce malgré l'épaisseur de cette histoire déroutante, fonctionne extraordinairement bien. Le spectateur se retrouve pris dans un tourbillon de scènes toutes plus majestueuses les unes que les autres. (Retenons en particulier les magistrales séquences aériennes et les vues sur l'île).

Le Château dans le ciel est une film d'une richesse infinie tant au niveau du sens qu'au niveau de la forme et se pose en fondement de l'oeuvre de Miyazaki.



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