24 janvier 2022
Critiques

Le Ciel Attendra : Sincère et authentique

Après "Les Héritiers", Marie-Castille Mention-Schaar s'intéresse à nouveau à une adolescence en perdition dans "Le ciel attendra". Elle y met à mal les clichés et les tabous concernant l'embrigadement des jeunes filles par Daesh. Encore une fois, le cinéma français nous fait peur ! Qui a envie d'aller voir sur grand écran une histoire que l'on entend déjà suffisamment souvent dans les médias d'actualités ? Ma première réponse serait la curiosité. Comment aborder au cinéma un tel sujet qui s'avère (contrairement à "Nocturama") particulièrement brulant d'actualité ?

Dans le cas de "Le ciel attendra", c'est avec sincérité et authenticité. A aucun moment, nous nous retrouvons face à une critique virulente des réseaux sociaux, de l'éducation, etc. Personne n'est réellement désignée comme coupable de ces tragédies. Tout au long du film, deux cas nous sont présentés. Tout d'abord, une jeune fille qui entame le long processus de déradicalisation. Puis, la réciproque. En l'occurrence, le cas d'une autre adolescente en quête du prince charmant. Elle tombe peu à peu dans le piège des rabatteurs de Daesh.

"Le ciel attendra" prend le temps de faire défiler devant nos yeux les différentes étapes de l'embrigadement. Depuis le premier contact sur les réseaux sociaux avec un thème universel, la soif de liberté. Puis, comment susciter la rage contre sa propre société ? Son entourage ? Et créer l'addiction envers ces « sauveurs ». Le sujet est terrifiant de vérité. Cependant, chers spectateurs, accrochez-vous ? En parallèle, il y a également la démonstration des différentes étapes de la déradicalisation. Comment, par recherche de compréhension et de réconfort, on peut réussir à faire faire machine arrière...

A aucun moment nous nous retrouvons face à l'action même des actes terroristes. "Le ciel attendra" est un film exclusivement centré sur l'évolution psychologique des personnages féminins. Car les autres personnages sur qui se fixent la caméra de Marie-Castille Mention-Schaar, ce sont les mères. La relation mère-fille qu'entretienne les deux adolescentes est très intense dans les deux cas, chacune à leur manière. L'une cherche à échapper à sa mère pour trouver son indépendance auprès de son « prince », tandis que l'autre cherche à tout prix à la protéger et à lui garantir sa place au paradis. La souffrance de ces deux mères face à leur enfant, qu'elles peinent à reconnaitre, transperce l'écran tout en prenant grand soin de ne jamais tomber dans le lourd pathos. Aucun gros plan trop esthétisé sur des regards larmoyants. Nous restons « heureusement » dans un registre très authentique. C'est bien là que réside la force du film.

Voilà donc une oeuvre qui ne cherche pas à culpabiliser le spectateur. Il peut plutôt agir à la manière d'un message préventif, certes, mais c'est loin d'être son but premier. Ici, c'est la complexité de l'adolescence qui est encore une fois interrogée. Plus encore celle des jeunes filles en quête d'idéal devenues aujourd'hui la proie facile des rabatteurs de Daesh.

"Le ciel attendra" est un film qui fait peur à voir, non pas par la violence physique de ses images, mais par une violence plus psychologique : chaque parent aujourd'hui a peur que leur enfant tombe dans le piège de l'embrigadement idéologique. Le film n'apporte aucune solution miracle, mais rassure car nous montre que tout n'est pas perdu. Cependant, le jeu des actrices est tellement poignant, tellement juste que nous arrivons à supporter cette violence pour aller jusqu'au bout, ne serait-ce que pour voir jusque où ces femmes sont capables de nous emmener...

Auteure :Chloé DestombesTous nos contenus sur "Le Ciel Attendra" Toutes les critiques de "Chloé Destombes"

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