27 septembre 2021
Critiques

Le Coeur des Hommes 3 : Belles retrouvailles

On avait laissé Marc Esposito sur l'échec public de "Mon Pote" qui, malgré de belles qualités et un joli duo Magimel-Baer, avait laissé relativement indifférent les spectateurs. Le projet suivant du réalisateur, "Ma copine", qui devait faire écho à "Mon pote" s'est du coup retrouvé sur une voie de garage, et Marc Esposito s'est lancé dans "Le Coeur des Hommes 3" (distribué par Diaphana) que tous les aficionados du "Cœur des Hommes 1 et 2" attendaient avec fébrilité.

Idée plus que séduisante lorsque l'on a adopté nos quatre compères, mais qui se heurtait à un challenge assez élevé qui était à la fois d'avoir un scénario au moins aussi efficace si ce n'est plus, que les deux premiers, mais aussi de faire accepter au public l'absence de l'un des piliers de l'aventure, Gérard Darmon, qui, brouillé avec le réalisateur, ne souhaitait pas faire partie de ce troisième film. On s'interrogeait légitimement sur l'astuce que trouverait le metteur en scène pour expliquer l'absence du personnage de Darmon et sur celui qui serait chargé d'intégrer la bande et on croisait secrètement les doigts pour ne pas perdre au change et pour également retrouver tout ce qui faisait le sel des deux premiers films. Cette fameuse magie qu'on appelle alchimie et qui fait que dès qu'un être vous manque tout est dépeuplé.

Or Marc Esposito se sort de cette première gageure avec les honneurs et sa grande force est que, passées les premières minutes d'exposition, on oublie totalement que le quatuor n'est plus, avant qu'il ne renaisse par la grâce d'un nouveau venu qui va amener ses spécificités, son humour, son émotion. La force des deux premiers épisodes, c'était notamment cet humour mêlé à cette sensibilité et cette façon toute personnelles de Marc Esposito de nous tendre un miroir dans lequel nous regarder.

C'est à nouveau ici le cas, même si "Le Coeur des Hommes 3" est plus empreint en filigrane d'une certaine mélancolie inhérente sans doute au temps qui passe. Cela ne l'empêche nullement d'être drôle à l'instar de ses prédécesseurs, puisque là aussi le film bénéficie de dialogues cultes qui resteront dans les mémoires. Esposito continue de raconter ses contemporains avec un oeil acéré et bienveillant même s'il ose évoquer cette fois des situations un peu plus dramatiques mais qui restent traitées avec une belle pudeur et un certain réalisme.

Décidément l'aventure du "Coeur des Hommes 3", car elle offre aux spectateurs des moments de chaleur et de tendresse rares dans un monde devenu cynique et désabusé. Le réalisateur, comme lors des deux premiers films s'efface derrière son propos, même si sa technique (tourner avec trois caméras) et un énorme travail en amont n'en font pas du tout un film en roue libre. Même s'il ne nous viendrait pas à l'idée de taire quelques réserves comme des dialogues tournant beaucoup autour du même sujet ou le recyclage de certaines vannes en écho au premier Cœur, même si "Le Coeur des Hommes 3" n'est pas un film révolutionnaire ou spécialement inventif, il en résulte toujours cette chaleur humaine et ce bonheur communicatif d'être ensemble qui transparait de l'écran et qui offre aux spectateurs une cure de bien-être et de bonne humeur sur laquelle il serait malvenu de faire la fine bouche. Et Dieu merci, on rit, on est ému, on retrouve ce parfum qui fait le sel des films qu'on aime, grâce bien entendu aux comédiens.

En dix ans, quasiment l'ensemble des acteurs ont joué dans les trois films et les voir murir à l'écran et les retrouver à intervalles réguliers procure une joie assez énorme. Si tous les citer ne relève pas de la même importance, certains n'étant là que pour le clin d'œil à l'image de la sublime Zoé Félix ou de l'épatante Valérie Stroh, on s'arrêtera sur les personnages qui tournent autour de notre quatuor et qui les font se révéler à eux mêmes: Catherine Wilkening retrouve son rôle de Nanou et continue de lui conférer sa belle énergie et sa drôlerie ravageuse, Florence Thomassin campe une Juliette amoureuse et touchante avec cette folie qui la caractérise, Lucie Phan nouvelle venue ici apporte une touche sexy et classe en femme d'aujourd'hui, gérant à la fois sa carrière et sa vie amoureuse avec la même certitude.

Puis il y a bien sûr nos quatre mousquetaires. On retrouve le trio d'origine qui n'a rien perdu de sa gouaille et de sa superbe: Antoine permet à Bernard Campan d'asseoir un peu plus sa maturité qui s'est développée en trois films. Manu donne l'occasion à Jean-Pierre Darroussin d'étoffer son registre passant de l'ours colérique au nounours à la douceur extrême et de livrer sur la gamme d'émotions une partition toute en subtilités. Alex c'est lui le côté plus extraverti d'un Marc Lavoine qui une fois encore est parfait et qui se taille la part du lion en terme de répliques savoureuses. Puis il y a Jean, auquel Eric Elmosnino prête ses traits. Papa gâteau, charmeur, doux, les superlatifs manquent pour saluer les qualités du comédien qui intègre l'équipe comme s'il en avait toujours fait partie. On le regarde au départ un peu méfiant comme lorsqu'un nouveau venu débarque dans une bande avant que nos réserves ne soient balayées par la simplicité et la sincérité de l'individu.

Alors si "Le Coeur des Hommes 3" n'a pas la fraîcheur de la nouveauté, si certains aspects nous touchent moins et font battre nos cœurs plus par intermittences, si les retrouvailles se font un poil moins enthousiasmantes, on y retrouve malgré tout cet appétit, ce beau regard sur la vie et l'amitié, ces fous rires et ces instants de joie qui en font une série à part dans le cinéma français, en prise avec nos existences. Du coup comme de vieux potes qu'on aime retrouver avec régularité, on attend nos camarades de pied ferme pour une quatrième aventure.

Auteur :Fred Teper
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