23 octobre 2019
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Le Convoyeur : Polar social

C'est toujours un plaisir de retrouver Albert Dupontel à l'écran ici dans "Le Convoyeur". C'est jubilatoire lorsqu'il est à la fois devant et derrière la caméra, mais pour cela, il nous faudra encore attendre quelques mois. Néanmoins, on a plaisir à suivre l'itinéraire de cet acteur autant comique que tragique, au jeu absolument parfait dans un registre comme dans l'autre. Il y eut certes des ratés dans son parcours, mais elles n'entachent en rien l'admiration que l'on peut porter à ce génie sous-estimé du cinéma français.

Nicolas Boukhrief, dont c'est ici le troisième film, a assez de goût pour avoir donné un rôle d'une richesse et d'une profondeur rare à Dupontel. Déjà rien que pour ça, son film est digne d'intérêt. Quand Alex débarque dans une société de convoyeurs de fonds pour prendre un emploi d'un mois, on ressent chez lui un potentiel de violence autant que de fragilité. Mais, pendant une bonne heure, on ne saura pas vraiment ce que vient faire l'homme, laconique et mystérieux, dans cette entreprise à la dérive, victime de trois casses en quelques mois. Un drame, touchant et amené remarquablement, avec une grande pudeur, hante cet homme, il est lié à la société Vigilante, il y aura des conséquences.

Dupontel donne à son personnage la même densité, la même richesse nuancée, que celle qu'il donnait au Docteur Sachs, ou même à Bernie (revoyez-le, vous verrez que l'affirmation est moins saugrenue qu'elle n'y paraît). Boukhrieff, lui, dresse un tableau froid et réaliste d'un monde paradoxal dans lequel un prolétariat désenchanté et sous-payé transporte des millions d'euros à longueur de journées. Il se révèle assez habile pour tenir un discours orienté sur notre monde libéral, à égratigner quelques-uns de ses représentants, tout en évitant de trop caricaturer.

Pour sa portée sociale, pour le jeu de Dupontel, "Le Convoyeur" mérite le détour, malgré peut-être une scène finale de braquage qui lorgne trop vers Hollywood sans parvenir à vraiment s'en départir et amoindri sans aucun doute la force de la première moitié.

Auteur :Benjamin Thomas
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