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Le Convoyeur : Série noire

Troisième long-métrage de Nicolas Boukhrief, "Le Convoyeur" est une oeuvre pour le moins schizophrène, à l'image de son personnage principal. Plutôt réussi dans sa première heure, entremêlant avec justesse une tension âpre et une atmosphère poisseuse, le film sombre ensuite dans le thriller convenu avec un braquage et son cortège de violences comme si le réalisateur craignait d'ennuyer le spectateur et sacrifiait la peinture sociale d'un milieu méconnu sur l'autel du spectaculaire. Ou comment gâcher une pellicule en se soumettant aux règles du box-office.

"Le Convoyeur" suit le quotidien d'une petite société de transport de fonds, au bord du dépôt de bilan, dont les employés sont sur les nerfs après une série de braquages meurtriers. Certains évoquant même une complicité au sein de l'entreprise. C'est dans ce contexte tendu qu'un homme, Alexandre Demarre, débarque un matin pour sa première journée de travail. Un personnage énigmatique, qui d'ailleurs restera mystérieux jusqu'au terme de l'histoire, interprété avec une puissance inquiétante par un Albert Dupontel impressionnant. 

Une figure insaisissable que l'on considère de prime abord comme un type ordinaire prenant son nouveau job très au sérieux, certes légèrement paranoïaque dans ses premières missions et un peu trop fasciné par son arme mais, finalement, pas si différent que la galerie de frustrés, névrosés et psychotiques travaillant avec lui (mention spéciale à François Berléand en ancien militaire reconverti en cow boy des banlieues prompt au coup de feu). Des employés plus ou moins modèles, accros à l'alcool ou aux drogues, qui se complaisent dans le médiocre pouvoir que leur confère le port d'armes.

Pourtant, assez vite, cette défroque banale endossée par Albert Dupontel cède la place à une vision plus floue en raison d'un étrange comportement en dehors de son service et, surtout, de flash-back ou d'inserts oniriques qui achèvent de brouiller l'image lisse initiale. Si bien que ce personnage nous échappe mais, paradoxalement, conserve sa force attractive grâce au jeu dépouillé du comédien, entre fragilité et détermination, entre abandon et magnétisme, frontières flottantes par lesquelles Alexandre demeure irréductible aux explications sommaires.

Malheureusement, la dernière demi-heure du film renonçant à tenir ce pari de cette séduisante indécision, le rôle dévolu à Albert Dupontel se résume à subir le carnage d'une attaque sanglante par un gang résolu à s'emparer d'un maximum de liquidités jusqu'au cœur des locaux sécurisés de la société. Là, le personnage devient une marionnette entre les mains du metteur en scène qui s'amuse visiblement à chorégraphier cette violence mais se désintéresse totalement de la fin de trajectoire de son héros indéchiffrable. Et obère ainsi toute la crédibilité de sa description d'un microcosme social, régi par ses codes et ses rites, qu'il s'était employé jusque-là à filmer. Une pâle copie du polar social à la française magnifié par Alain Corneau dans les années 70. 

Auteur :Patrick Beaumont
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