22 janvier 2022
Critiques

Le Cou de la Girafe : Un bon épisode de série télé.

Plutôt que de vouloir s'emparer direct du grand écran, Safy Nebbou aurait mieux fait de se contenter de proposer son scénario à France 2 comme épisode de « L'instit » !  Car « le cou de la girafe » a la qualité d'un bon téléfilm, mais pas plus…

Safy Nebbou traite honnêtement de la difficulté à communiquer en famille à travers l'histoire d'une petite fille, Mathilde, qui sent que son grand-père et sa mère lui cachent quelque chose par rapport à sa grand-mère, soi-disant morte : son seul rêve est de connaître cette grand-mère qu'elle n'a jamais vue. Safy Nebbou entre sans voyeurisme dans la vie d'une famille de gens ordinaires : Mathilde, sa maman Hélène qui peine à élever seule sa fille, et son papy Paul, amer d'avoir été placé en maison de retraite hospitalière.

A travers le secret familial perceptible dans les sujets tabous (le sujet de la grand-mère de Mathilde est soigneusement évité), il ausculte leurs peines et leurs douleurs intérieures. Mathilde s'est créé son propre univers, à l'écart de la vie réelle et du monde des adultes qu'elle ne comprend pas. Hélène en veut à sa mère de l'avoir abandonnée enfant et souffre encore aujourd'hui de cette absence d'amour maternel. Quant à Paul, il se sent atteint dans sa dignité d'homme de devoir « finir sa vie » comme un vieillard sénile et impotent, loin des joies de la famille. C'est Mathilde qui, avec son innocence d'enfant et sa maturité précoce, va mettre le doigt là où ça fait mal. En tentant de retrouver sa grand-mère, à travers un long voyage sur les routes de France et d'Espagne en compagnie de son papy qu'elle adore plus que tout, elle ne sait pas qu'elle entame une quête de vérité sur ses origines et qu'elle va obliger les siens à se confronter à des événements enfouis, à affronter leurs mensonges et leur culpabilité.

Un beau sujet, certes, mais qui n'a pas ni la puissance émotionnelle du film « le papillon » de Philippe Muyl ni le panache de « Moi, César, 10 ans et demi… » de Richard Berry. « Le cou de la girafe » n'élève pas son niveau au-delà du téléfilm parce que Safy Nebbou s'est attaché uniquement à l'histoire de ses personnages et, du coup, a complètement délaissé la mise en scène qui se révèle linéaire et plate. Qui plus est, les scènes en voiture sont aussi longues qu'inutiles et ramollissent le rythme du film. D'autre part, le réalisateur s'est trop concentré sur la symbolique : chaque élément, chaque geste, chaque caractère a été conçu de manière très psychologique, peaufiné à l'excès de façon à avoir une signifiance. En outre, Safy Nebbou s'est tellement évertué à éviter le pathos, en travaillant l'économie des sentiments et la retenue, que la spontanéité et le naturel qui font la force des sentiments, propres à ce genre de drame humain, sont réduits à néant. « Le cou de la girafe » apparaît trop réfléchi, trop calculé.

La seule vraie bonne idée du film, c'est certainement l'idée de filmer les petits vieux de la maison de retraite façon pub Evian lorsqu'ils couvrent la folle fugue de Paul : ils vivent cet événement comme une aventure qui les sort de leur morne quotidien et qui leur insuffle un regain de jeunesse. C'est drôle et juste. Mais, même si le casting est alléchant (Claude Rich, Sandrine Bonnaire et Darry Cowl), et même si les acteurs ont envie d'y croire, le film n'a pas ce petit supplément d'âme qui fait que le spectateur adhère. La mise en scène désespérément basique tarit vite l'émotion qui aurait dû être le moteur du film.

« Le cou de la girafe » aurait pu attirer les faveurs du public de « L'instit' » mais fera bailler d'ennui les amateurs et passionnés du 7ème art.
Auteur :Nathalie Debavelaere
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