5 décembre 2020
Archives Critiques

Le Coût de la Vie : L’argent des autres

Le film choral est devenu un vrai genre en soi dont le modèle serait le sublime "Short Cuts" de Robert Altman. Pour son quatrième film, Philippe Le Guay ("Les deux Fragonard"; "L'année Juliette"; "Trois huit") lorgne avec "Le coût de la vie" du côté des deux derniers films de Jeanne Labrune ou du "Goût des autres" d'Agnès Jaoui, la brillance des dialogues en moins.

Le projet de Le Guay est simple: présenter 6 personnages définis en fonction de leur rapport à l'argent, l'usage qu'ils en font et les névroses qui en découlent. Le restaurateur trop généreux (Vincent Lindon), un avare impénitent (Fabrice Luchini), un patron qui abandonne son entreprise (Claude Rich), une gosse de riche qui n'assume pas (Isild Le Besco), le loufiat amoureux et sans le sou (Lorant Deutsch), la pute généreuse (Géraldine Pailhas)…

Les exercices de style de ce genre sont souvent casse-gueule et le réalisateur ne nous épargne ni les stéréotypes, ni la sociologie bon marché (le parallèle entre les transactions financières et les rapports affectifs…) et la psychanalyse de comptoir (le généreux bien sûr ne sait pas recevoir et l'avare a des problèmes pour déféquer…). Si tous ces petits-bourgeois vivent mal leur rapport à l'argent, il en est autrement de « la France d'en bas » car, nous semble dire le cinéaste, moins on en a et mieux on se porte. Un discours, il faut l'avouer, un peu court et superficiel.

Heureusement, "Le coût de la vie" est sauvé par les personnages féminins. Géraldine Pailhas apporte à son personnage un charme et un mystère qui fait défaut à l'ensemble du film, Isild Le Besco est très émouvante dans son rôle de pauvre petite fille riche (les scènes dans le restaurant où elle tente d'être serveuse sont très drôles…).

Enfin il me faut citer deux autres personnages secondaires dans "Le coût de la vie", deux blondes généreuses qui apportent une humanité et une tendresse dans ce film trop fabriqué et froid: l'infirmière (Chloé Mons) qui préfère garder sa petite vie que de suivre l'ancien patron richissime et l'ouvrière licenciée (Catherine Hosmalin) présente dès la première séquence hilarante dans un supermarché, une femme que rien ne décourage, prête à vendre ses fesses ou à faire des gâteaux pour continuer de payer des séances de rééducation à son fils.

Rien que pour ces femmes, il faut voir "Le coût de la vie", petit film qui mérite sa sortie discrète en plein été.

Auteur :Christophe Roussel
Tous nos contenus sur "Le Coût de la Vie" Toutes les critiques de "Christophe Roussel"

ça peut vous interesser

Mon Cousin : Celui qu’on aime

Rédaction

Mon Cousin : Complètement fou ?

Rédaction

Petit Pays : Une folie humaine à hauteur d’enfant

Rédaction