19 septembre 2021
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Le Dahlia Noir : Critique

Pour trois raisons au moins, "Le Dahlia Noir", le dernier film de Brian de Palma est un hommage au film noir : parce qu'il est l'adaptation d'un polar culte de James Ellroy, parce que les femmes y sont fatales, parce que c'est l'histoire d'un homme naïf manipulé par toutes sortes de personnages ténébreux. Cependant, "Le Dahlia Noir"" est surtout une œuvre 100% de Palma. Certes, les codes du film noir se retrouvent concentrés dans deux heures d'un scénario virtuose, mais ce sont surtout tous les thèmes du cinéma de De Palma qui se sont donnés rendez-vous dans "Le Dahlia Noir". Ironie du sort, à l'origine, c'est David Fincher, le réalisateur de "Seven", qui devait signer le film.

Difficile de croire qu'Ellroy n'a pas écrit son livre pour De Palma, tant dans le récit, on y trouve des réminiscences des précédents films du cinéaste : l'ascension d'un jeune homme devenu malgré lui héros ("Scarface", "L'Impasse"), un crime qui tourne à l'obsession ("Blow out"), un hommage aux intrigues hitchcockiennes ("Obsession"), des manipulations infinies ("Body double"), etc. "Le Dahlia Noir" s'offre donc comme un condensé de l'art d'un des maîtres du nouveau cinéma américain. Tout dans le roman de James Ellroy est un point de départ au développement des thèmes de De Palma.

"Le Dahlia Noir" raconte la véritable histoire du meurtre de la starlette Elizabeth Short à la fin des années 40 et l'enquête menée par deux anciens boxeurs. L'un d'eux est loin de se douter de ce qu'il va découvrir, de l'ampleur des secrets que masque, directement ou indirectement, ce fait divers. En tant que polar pur et dur, le scénario joue un rôle déterminant : il faut pouvoir tenir en haleine le spectateur jusqu'au machiavélique bouquet final, objectif parfaitement rempli par De Palma. Surtout, le roman d'Ellroy permet au réalisateur de s'offrir un voyage dans l'Amérique d'après-guerre, un voyage qui rappelle "Les Incorruptibles".

Les décors rétros, les femmes qui tirent sur leur porte-cigarette, les vieilles voitures, les gangsters à la mine patibulaire sont magnifiés par une mise en scène moins clinquante que par le passé mais tout aussi virtuose, faite de contre-champs et de jeux d'ombres. Il y a de l'expressionnisme allemand tendance "Métropolis" dans "Le Dahlia Noir", surtout parce que le personnage joué avec brio par le jeune Josh Harnett paraît totalement largué dans un monde qu'il ne soupçonnait pas aussi noir.

Film très dense, "Le Dahlia Noir" veut en dire beaucoup, veut expliquer l'impact des événements sur nos actes, veut prouver que nous ne sommes que des éponges, imprégnées par les images et les sons qui nous entourent. Pour tout organiser, le monteur habituel de Brian De Palma, Bill Pankow, est obligé de croiser les différents niveaux du récit, jouant des ressemblances entre les personnages. Ces correspondances contribuent au malaise qui entoure le film. La beauté des trois principaux rôles féminins (magnifiques Scarlett Johansson, Mia Kirshner et Hilary Swank) côtoie la violence de l'univers sombre du "Dahlia Noir". L'érotisme du film puise ses forces dans les meurtres et la violence latente du récit.

James Ellroy, marqué par la mort de sa mère dans des circonstances proches de celle du film, a trouvé en Brian De Palma la personne idéale pour prolonger la réflexion sur les obsessions qui hantent chacun. Et Brian De Palma semble renaître quand il s'agit d'évoquer les thèmes qui ont donné naissance à ses plus grands chefs d'œuvre. Le personnage de Josh Harnett affirme à un moment : « Rien ne disparaît pour toujours ». Espérons que cela soit valable pour Brian De Palma.

Auteur :Matthieu DeprieckTous nos contenus sur "Le Dahlia Noir" Toutes les critiques de "Matthieu Deprieck"

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