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Le Daim : La critique du film

Critique du film Le Daim

par Mickaël Vrignaud



Quentin Dupieux a fait un film normal. Je répète Quentin Dupieux a fait un film normal ! Bon, au final, pas tant que ça (on parle d'un type qui devient fou après avoir fait l'acquisition d'un blouson en daim) mais c'est que le cinéaste-dj hyperactif (deux sorties en un an, tournage du mystérieux "Mandibules" en septembre et préparation d'un quatrième film en cours) arme son film d'un premier degré inédit.

La caméra laiteuse de Dupieux suit la lente sortie de piste de Georges, type lambda que l'on devine avoir tout abandonné, exilé dans le Béarn après avoir traversé la France pour acheter un manteau (en daim, donc) déniché sur une petite annonce. Une relation Carpenterienne entre Georges et son blouson se noue alors et le vêtement – ignoble et trop petit, au demeurant – prend doucement possession de son acquéreur.

Après une dizaine d'années de pérégrinations californiennes, le réalisateur poursuit son virage, entamé avec "Au Poste !", à travers le polar français des années 70 (Miller dans "Au Poste !" Corneau dans "Le Daim") et livre ici un thriller-comédie sec et visuellement sublime à travers les montagnes brumeuses de la vallée d'Aspe.

En résulte un long-métrage sombre et inquiétant, anxiogène dès ses premières secondes. Les marionnettes désincarnées, passives devant les retournements de scénarios dadaïstes de ses premiers films laissent place à des personnages humains (Jean Dujardin et Adèle Haenel sont formidables) et apportent une sobriété bienvenue.

Le tout rend élégant le cinéma de Dupieux marchant ici sur un fil ténu entre le film d'horreur, le drame dépressif et la comédie absurde, le tout porté par un Dujardin au diapason en gentil débile désespéré, dans un rôle proche de celui qu'il tenait dans le très mauvais « I Feel Good », tourné par ailleurs dans la même région.

Et comme toujours, le film est très drôle ; un modèle à montrer aux faiseurs de comédie du cinéma français. Pas un seul gag ici, juste des silences, des moments de gêne et des phrases pourries balancées avec trop d'aplomb (fort à parier que le « style de malade » autoproclamé par Dujardin restera dans les mémoires).

Idem pour le travail sur l'image : "Le Daim" rhabille les standards du genre. Pas de couleurs sur-saturées, de gros plans dégueulasses, d'image à l'allure de pastille M6 de début de soirée (voire toutes les comédies proposées par Netflix pour se rendre compte de l'ampleur de la catastrophe). Ici c'est simple : tout est sublime. La photographie, la lumière, les décors anachroniques, les accessoires gentiment ringards. C'est parfait.

Alors, on a souvent parlé de bizarrerie au sujet de Quentin Dupieux, devenu culte au fil des ans par le biais de ses pitchs improbables, cantonné trop longtemps au fameux type qui a filmé un pneu. Pourtant, et c'est le cas depuis le début, on parle bien de cinéma, de vrai. Et celui qu'il nous propose ici est passionnant.

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