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Le Deuxième souffle : La critique du film

Pari ambitieux avec "Le Deuxième Souffle" que d'adapter pour la seconde fois le roman de José Giovanni et de passer derrière Jean Pierre Melville dans une production française à 24 millions d'euros.

Ambitieux mais pas suicidaire, Alain Corneau étant un réalisateur particulièrement à l'aise dans le polar lui qui a signé des succès comme "La Menace" ou "Police Python 357".

C'est donc avec une certaine impatience qu'on attendait la sortie du "Deuxième Souffle" d'autant que la première bande annonce visible sur certains écrans dès juillet 2006 était tout simplement magnifique.

Hélas, mille fois hélas, à l'image des partis pris esthétiques de l'ensemble, le film est un curieux mélange de couleurs criardes et de fausses notes dissonantes.

Tout n'est pas à jeter, loin de là, mais cette nouvelle adaptation a de quoi laisser sceptique plus d'un spectateur… "Le Deuxième Souffle" fait partie de ces projets qu'on aurait voulu aimer et qu'on aurait voulu défendre.

Ecrire une critique aussi mitigée se révèle donc être un exercice pénible car, à l'évidence, la démarche artistique est ici férue de bonnes intentions.

Tout d'abord, loin de livrer un remake « photocopie », Alain Corneau se focalise d'avantage sur le roman original, s'éloignant ainsi de la perspective de Melville. Par exemple, l'histoire d'amour entre Gu et Manouche humanise considérablement le personnage de Daniel Auteuil. Il en résulte une approche plus passionnée et tragique.

La présence d'un casting quatre étoiles apporte également une crédibilité incontestable au projet tout en lui conférant presque l'aspect d'une fresque de gangsters, un peu à l'image de ce que Sam Mendes a pu faire sur "Les sentiers de la perdition".

L'équipe technique enfin n'est pas en reste avec un directeur de la photo réalisateur de prestige à ses heures (Yves Angelo), une monteuse expérimentée et un compositeur connu et reconnu.

Pourtant, ces atouts ne permettent pas au "Deuxième Souffle" de s'élever au niveau d'un grand film comme si cette addition de talents s'était annulée lors du tournage et de la post production.

Première victime de cette dégénérescence : la facture visuelle de l'ensemble. Secondé par son prestigieux directeur de la photo, Alain Corneau a fait le choix d'opter pour un tournage numérique via la caméra HD de Panavision : la Genesis 2 K. Or, si cette caméra donne de relativement bons résultats dans les scènes de jour, on ne peut pas en dire autant des scènes en basses lumières.

Résultat : un fourmillement vidéo absolument horrible et des rémanences dignes d'une télé 100 Hz mal réglée. Le tout maladroitement mélangé avec le grain naturel des copies 35 mm d'exploitation et la projection du film se transforme en une pénible expérience visuelle.Les autres choix de mise en scène laissent également perplexes.

Certains cadrages semblent s'inspirer de la BD Dick Tracy, les ralentis dans les scènes d'action évoquent Sam Peckinpah ou John Woo et le final lorgne sur le "Scarface" de Brian De Palma… sans jamais que ces références ne soient transcendées de façon convaincante à l'écran.

Certaines erreurs de goût sonnent comme de véritables « anomalies filmiques » comme ces détails gores sur les impacts de balle qui donnent parfois une désagréable impression de série B fauchée quand le film est tout sauf un projet modeste.

En outre, les partis pris colorimétriques peinent à convaincre : tantôt jaune, tantôt sépia, tantôt normale, l'image varie d'un plan à l'autre dans la même scène sans que l'on sache trop s'il s'agit d'un mauvais tirage pellicule ou d'une décision du directeur de la photo.

L'interprétation enfin se révèle extrêmement inégale du sobrement convaincant (Daniel Auteuil, Jacques Dutronc) à franchement bon (Michel Blanc, Philippe Nahon) et franchement mauvais (Monica Bellucci, Nicolas Duvauchelle, Eric Cantona).

"Le Deuxième Souffle" 2007 a beau être bourré de bonnes intentions, l'accumulation de défauts majeurs et de fautes de goût limitent considérablement son impact.

Une vraie déception !

Auteur :Frédérick Lanoy
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