27 janvier 2020
Critiques

Le Dindon : Catastrophe industrielle ?

La critique du film Le Dindon

Par Victor Van De Kadsye


Doté d'un casting cinq étoiles, réunissant les valeurs sûrs et les stars montantes de la comédie française, "Le Dindon", le nouveau film de Jalil Lespert s'inscrit comme le blockbuster franchouillard de la rentrée. Malheureusement, il se pourrait que "Le Dindon" en question soit en réalité le spectateur, qui aura très vite le sentiment de s'être fait plumer devant cette anomalie au budget grandiloquent.

Tirée d'une célèbre pièce de Feydeau, cette adaptation signée Jalil Lespert décide de transposer la pièce dans les années 70. Un choix assez étrange. Réalisé dans une époque où cette histoire d'adultère multiple pourrait très bien s'attacher au numérique, pourquoi alors se baser dans une reproduction papier peint des 70's. ? On peut tenter de déterminer une raison juste en supposant un plaisir de dépenser tout un argent pour un travail de reconstitution. Un univers visuel dégoulinant de clichés (vous comprendrez très vite le malaise avec ce générique d'ouverture multicolore qui brûle les yeux), à la limite de la parodie à tel point qu'on espère presque voir apparaître les transitions musicales de Mike Myers dans "Austin Powers".

Toutefois, très rapidement, la réponse se trouve devant nos yeux : cet univers passéiste va de pair avec son scénario particulièrement graveleux. Bien qu'un léger acte de vengeance se déroule en toute fin, punissant les hommes dont les travers ont été mis en lumière, "Le Dindon" rate son opportunité de déjouer les clichés et préfère, au final, adosser son comique de situation à une accumulation de vannes misogynes. Et vas-y qu'on est censé rigoler de la surdité d'une femme ou des tendances suicidaires d'une autre. On grince très vite des dents. À croire que l'adaptation théâtrale populaire ne doit être destinée qu'à des vannes bas de plafonds. Quitte à voir du théâtre filmé, transformant le monde en chaos, on préférera voir les descentes aux enfers par prises de becs interposés de Roman Polanski avec "Carnage".

Mais une adaptation de pièce de théâtre populaire ne se fait pas sans un casting de prestige. Et ici les noms rayonnes telles des étoiles ; Dany Boon, Ahmed Sylla et Guillaume Gallienne jouent les hommes mesquins et perfides tandis que Laure Calamy et Alice Pol jouent leurs épouses victimes puis très vites revanchardes. Il y a même Holt McCallany, Bill Tench (dans la série "Mindhunter") qui pousse la chansonnette avec Dany Boon dans un excès d'ivresse. Malheureusement, hormis le flot qu'impose Calamy à chacune de ses apparitions, difficile d'être convaincu par le surjeu bourrin du reste de la troupe, entre théâtralité et phases d'absences.

On est pas si loin de la catastrophe industrielle avec ce "Dindon". Filmé sans aucune âme, imposant directement à ses comédiens un texte qui ne va pas forcément avec leur jeu habituel, cette adaptation devient au final un objet désincarné et ennuyeux.

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