23 octobre 2019
Critiques

Le Dindon : Le théâtre au cinéma, ça marche ?

La critique du film Le Dindon

Par Elisa Drieux-Vadunthun


"Le Dindon", réalisé par Jalil Lespert, est une adaptation cinématographique fidèle à la pièce de théâtre de Georges Feydeau. Côté du scénario, sans compter bien sûr Jalil Lespert, on trouve Guillaume Gallienne et Fadette Drouard (qui avait précédemment travaillé sur le scénario du film "Patients" de Grand Corps Malade et Mehdi Idir).

Remontons rapidement dans le temps : "Le Dindon" est, à l’origine, une pièce de Georges Feydeau, auteur dramatique français du XIXème siècle. Cette pièce a immédiatement connu un grand succès, avec presque 300 représentations sur la scène du Théâtre du Palais Royal. L’histoire compte à peu près 17 personnages et n’est peut-être pas des plus faciles à suivre avec ses entrées, sorties, quiproquos, etc.

Vous me direz que ce ne doit pas être pire qu’une tragédie grecque, je vous l’accorde, et cela tombe bien, cette pièce n’en est pas une ! Le thème principal est l’adultère, l’infidélité. Les personnages ont des liens sans même le savoir. Celui qui trompe est lui-même trompé et ainsi de suite. Cela n’en finit pas. Nous ne savons plus où donner de la tête. Pas de doute, il s’agit bien de l’adaptation filmée d’un vaudeville au rythme effréné.

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Dany Boon et Alice Pol

Rassurez-vous, pour s’y retrouver, "Le Dindon" est à l'image de la pièce, on y trouve trois actes principaux :  la découverte en autre des personnages, des liens qui les nouent;  l’infidélité au grand jour, le pardon. Ce n’est ni plus, ni moins ici qu’une histoire abordant le thème du mariage que le réalisateur a fait le choix de placer dans les années 1960, visiblement pour pouvoir conserver la langue de Feydeau, tout en la plaçant dans une époque qui nous est encore contemporaine et qui, inévitablement, nous renvoie à nos classiques de pièces adaptées alors au grand écran, telles que "Oscar" ou encore "Hibernatus" avec Louis De Funès.

On nous parle aussi beaucoup des femmes. Les femmes ne trompent pas, enfin c’est ce qu’elles veulent nous faire croire. Elles ne sont tout simplement pas les premières à tromper, à commettre l’adultère, mais si leur mari venait à aboutir à ce genre de pratique elles n’hésiteraient pas une seconde pour en faire de même.

Alors, qu'en est-il maintenant de l'adaptation au cinéma ? Le casting s'appuie sur une tribu d’acteurs français renommés pour la comédie : Dany Boon, Guillaume Gallienne, Alice Pol, Ahmed Sylla (très surprenant dans l’interprétation de son personnage, différente de ceux qu’il a pu nous proposer jusque-là), Laure Calamy (qui a passé un bon bout de temps sur la série française "Dix pour cent"). N’oublions pas non plus Camille Lellouche qui multiplie ses apparitions au cinéma, ne finissant pas de nous faire rire ; cette fois elle joue un rôle qu’elle interprète plutôt bien mais qui malheureusement ne fait son apparition que quelques minutes.

Avec cette belle distribution nous pouvons nous attendre à beaucoup d’humour et certainement un bijou. Certes, "Le Dindon" est plutôt fidèle à la pièce de théâtre, mais le public présent à Kinepolis Lomme lors de l'avant-première du 13 Septembre était, semble-t-il, trop dans l’attente d’une comédie française comme nous avons maintenant l’habitude d’en voir et qui tranche radicalement avec le style théâtral de Feydeau.

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Dany Boon, quant à lui, était le plus attendu par un public qui a pris la « mauvaise » habitude de rire de ses histoires ; malheureusement, les premières impressions donnent le sentiment que cette fois son interprétation n’est pas un franc succès. Parce que "Le Dindon" est issu d’une pièce de théâtre, son adaptation au cinéma présente la particularité de ne pas être qu’une simple interprétation cinématographique, ni même une simple pièce de théâtre filmée. Toute la difficulté ici pour l’acteur est d’incarner à la fois son rôle d’acteur de cinéma, mais aussi de passer sa veste de comédien de théâtre pour ne pas abîmer le texte théâtral et son personnage.

Hors Dany Boon n’est pas si convaincant que ça, contrairement à Guillaume Gallienne ou encore Alice Pol et Ahmed Sylla qui, eux, ont su jouer le jeu. Pour Dany Boon, le rôle avait été pourtant choisi pour lui. Pour le réalisateur « Dany était la quintessence de Bourvil et de De Funès dans un seul corps. Je n’ai jamais vu aucun acteur français capable de faire aujourd’hui. » Justement pour ce rôle-là, Jalil Lespert avait besoin d’un talent comme celui de Dany Boon, de cette quintessence qu’il semble incarner, car il voulait, au travers du rôle de Dany Boon (Mr. Vatelin), faire un clin d’œil aux comédies des années 60, au cinéma populaire qui ont nourri son enfance.

Pour Guillaume Gallienne, issu de la comédie française, l’exercice était clairement plus aisé ; probablement que sa participation au scénario l’y a aidé ou encore et surtout parce que les pièces de FEYDEAU n’ont plus de secret pour lui : il en connaît bien la structure, les rouages, le rythme…et cela se sent.  Rappelons, en autre, qu’en 2011, Guillaume Gallienne a interprété dans la prestigieuse salle Richelieu de la Comédie française, la pièce Un fil à la patte de Georges Feydeau.

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Jalil Lespert sur le tournage du film Le Dindon

Gallienne est donc venu rejoindre le casting, mais au départ avec une certaine hésitation, car cette pièce et surtout son rôle, il les a joués plus d’une fois au théâtre de la Comédie française. Pourtant, en voyant au fur et à mesure le travail de Jalil Lespert, Gallienne n’a pu s’empêcher de dire oui au scénario qui a fini par vraiment le tenter. Les deux amis cinéastes avaient déjà travaillé en binôme sur le film "Yves Saint Laurent", l’évidence de travailler une nouvelle fois ensemble était là, inévitablement.

Le réalisateur s’est par la suite simplement soucié d’avoir « un casting éclectique, lumineux, bien rayonnant, drôle. Tout est venu après naturellement. » Il a la chance d’avoir eu au casting la participation de l’acteur américain Holt McCalanny qu’on peut trouver dans la série "Mindhunter" ou le film "Fight Club" et de Henri GUYBET bien connu pour "La 7ème compagnie" et "Les Aventures de Rabbi Jacob". Un univers où tout a été pensé, travaillé, pour que les spectateurs s’immergent totalement dans les années 1960. Le travail de mise en scène n’a pas été épargné et on ne le cache pas ça fait du bien.

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