Critiques

Le Discours : Où est le bouton stop ?

Par François Bour

 
Passer de la littérature au cinéma n’est pas toujours une réussite. "Le Discours" en est un nouvel exemple. Avec cette comédie, le spectateur n’assistera pas à un long discours mais à un one man show de Benjamin Lavernhe. Une réelle performance, mais un bon discours vaut mieux qu'un mauvais film.

"Le Discours" est un exercice difficile. Celui à réaliser sur une estrade, devant un public, aussi bien que le film qui fait face au spectateur. Adapté d’un roman de Fabcaro, Le Discours était un défi d’adaptation pour le réalisateur Laurent Tirard. À l'instar de la narration du livre, Laurent Tirard a souhaité que celle du film ne soit pas linéaire. Il revient sur sa méthode : « J’ai d’abord disséqué le roman de manière très méthodique, en résumant chaque moment sur des bristols. Puis j’ai mélangé les bristols en obéissant à mon instinct ». Il est vrai que le scénario n’est pas linéaire. Les bristols sont, à l’image, biens mis en scènes par le cinéaste. Briser le quatrième mur, faire des arrêts sur image sans trucage en demandant aux acteurs de rester immobiles, ou de baisser la voix presque sur commande.

Une mise en scène qui ne manque pas d’idées mais qui subit le problème majeur du film : son scénario. Quand le roman Le Discours est sorti, le réalisateur s'est jeté dessus et a immédiatement voulu l'adapter, malgré la réticence de son auteur, Fabcaro : "je lui ai dit que c’était inadaptable ! Un texte aussi introspectif allait être ennuyeux à l’écran. Tout se passe dans la tête d’Adrien et, en plus, tout tourne autour d’un repas ». "Le Discours", le film, est effectivement centré sur son personnage principal. Il est effectivement ennuyeux. Lors d’un diner interminable, Adrien s’interroge sur « la pause » de sa petite amie dont il attend un sms. Appuyer sur le bouton pause, c'est pouvoir relancer. L’introspection, pour ne pas dire le monologue, de presque 90 minutes est le véritable discours.

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Guilaine Londez, François Morel, Julia Piaton, Kyan Khojandi et Benjamin Lavernhe - Copyright Les Films Sur Mesure - Photo Christophe Brachet

Il faut pourtant reconnaitre des talents à Laurent Tirard. Celui de la mise en scène donc mais pas seulement. Ceux de la constitution du casting et de la direction d’acteurs. Benjamin Laverhne dans le premier rôle était une évidence pour le réalisateur. Pour le spectateur aussi. Par le scénario, mais surtout par son interprétation, l’acteur de la comédie française offre un véritable One-Man Show. Au point où Le Discours serait, sous doute, plus adapté à un spectacle. Il s'agissait d'un véritable défi pour Benjamin Lavernhe, aussi bien en termes de jeu que de logistique : "La caméra était un partenaire de jeu à intégrer. J’avais parfois envie de dire à la caméra : "Casse-toi, je veux jouer avec mes camarades" ! 

Ces camarades, il fait justement les citer Kyan Khojandi, Julia Piaton, François Morel et Guilaine Londez pour les autres participants au diner. Une présence et des dialogues trop peu nombreux pour tous ces acteurs et actrices. En particulier pour Sara Giraudeau qui offre une prestation en contraste presque parfait avec Benjamin Lavernhe. Faire une pause, c'est appuyer sur pause et reprendre ensuite. Appuyer sur le bouton stop, c'est une vraie rupture. C'est le point de départ.

"Le Discours" est un film qui a les qualités de son casting, qui souffre lui-même du scénario qu’on leur a donné. Difficile de ne pas reconnaitre le talent de l’acteur principal tout en ressentant pourtant une envie de couper le micro. Appuyer sur le bouton stop après un dernier arrêt sur image sur Sara Giraudeau. Parce que son regard, son sourire, valent mieux qu'un long discours. Tout simplement.

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