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Le Frère du guerrier : Plat western

"Le Frère du Guerrier" est une sorte de western à l'européenne. Arbalètes et écus ont remplacé les revolvers et les dollars, mais l'ambiance reste là-même. La campagne française du XIIIème siècle : la vie est rude mais à force de gratter la terre, les hommes ont appris à survivre. A la mort de sa mère, femme versée dans l'usage des plantes, le paysan Arnaud Cantien devient herboriste à son tour, utilisant pour lui-même le savoir transmis par celle qui lui donna le jour. Puis survient le drame. Une bande de brigands venus chercher un remède frappe Arnaud et saccage sa demeure. Blessé, Arnaud va perdre la mémoire et avec elle, la capacité de soigner avec les plantes. Craignant pour son avenir, sa jeune femme, Guillemette fait prévenir Thomas, l'aîné, parti il y a longtemps guerroyer à travers le pays. Avec son aide, elle espère trouver un livre dans lequel elle pourra apprendre le secret des plantes et ainsi assurer son avenir. Mais l'époque est dure, les bandits rôdent et Arnaud ne peut plus s'occuper de sa famille. Pour Thomas et Guillemette, la quête du savoir ne sera pas facile.

Habitué des portraits humains et urbains, Pierre Jolivet change résolument de cap en se lançant dans ce film historique mais intimiste. "Le frère du guerrier" n'est pas un film d'aventures avec son lot de combats, de poursuites, de reconstitutions pittoresques mais le récit d'une évolution, celui du passage de l'oral à l'écrit. Thomas est un homme du vieux monde, les armes et la parole constituent ses seules richesses, alors qu'Arnaud n'hésite pas à accomplir les premiers pas vers le texte, aidé en cela par sa femme, moteur secret du film.

Mais le film est aussi une histoire de fraternité, brutale et belle. Jolivet fait l'économie de longs dialogues plats au profit de larges plans calmes sur la campagne tranquille (et purement française). Prenant à revers les codes du film d'action, Pierre Jolivet pose sa caméra très près de ses personnages. C'est par leur corps qu'ils s'expriment, les mots sont superflus ou anecdotiques. Tout cela est très bien rendu par Vincent Lindon et Mélanie Doutey, Guillaume Canet faisant pour sa part preuve d'une fadeur lassante dans un rôle il est vrai plutôt ingrat.

Toutefois, Jolivet, à trop vouloir faire de belles images, perd un peu le fil de son histoire qui met du temps à progresser. Le film a tendance à s'éterniser sur des moments qui ne le méritent pas, gâchant les scènes plus réussies par son manque de rythme. Même les scènes assumées comme des moments d'action sont plutôt plates. C'est dommage, on aurait aimé que cet épopée, toute intime qu'elle soit, contienne un peu d'énergie.

Si les bonnes intentions de Jolivet ne suffisent pas à soutenir un scénario intelligent tout au long du film, elles donnent toutefois lieu à de belles scènes et permettent de faire découvrir la jeune Mélanie Doutey, véritable héroïne du film.
Auteur :Guillaume Branquart
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