17 novembre 2019
Critiques

Le Hobbit : la Bataille des Cinq Armées : Echec

Voilà. Ca y est. En ce mois de décembre 2014, le trait cinématographique est définitivement tiré sur la "Terre du milieu" et ses ingénieux contes écrits par Tolkien. Vous l'aurez compris, je fais référence à la sortie sur nos écrans du dernier volet de la trilogie du Hobbit. Que dire de cette trilogie "préquelle" du "Seigneur des anneaux", succès critique et populaire sorti à peine dix ans auparavant ? Je livre dans les lignes qui suivent mon avis aux lecteurs, le fond de ma pensée sur cette trilogie qui prend exemple sur la démarche d'un Georges Lucas. Cela fait un moment que je réserve mon jugement, par peur de condamner trop vite une oeuvre non terminée. Cependant, qu'on prenne ces trois films comme un tout ou comme des oeuvres distinctes ne change rien aux critiques qu'on peut adresser à ceux-ci.

La trilogie du Hobbit est un échec sur nombres de plans. Beaucoup d'encre a en effet coulé à ce sujet, mais que ce soit par la "fièvre du préquel" ou le fait d'étirer un récit le plus possible pour pouvoir le découper en plusieurs films, cette trilogie est bien un produit de l'époque. Malheureusement, cette forme et cette démarche pose des soucis évidents et inhérents au projet. La "Lucasssification" de Peter Jackson est aliénante à tel point que là où un "fan service" modéré peut être appréciable, Jackson n'a reculé devant aucun excès, ce qui laisse très vite le spectateur avec une sensation d'écoeurement.

Le symbole de ce " fan service" à outrance est évidemment incarné par le personnage de Legolas, tout de même très présent dans le récit bien qu'il n'y apporte rien (et qu'il est totalement absent du livre, contrairement à l'elfe Tauriel qui elle n'existe dans aucun conte de Tolkien). Je suis loin d'être un érudit de Fantasy ou un "Fanboy" véhément, et en général peu m'importe les livres lorsque je pense aux adaptations, je cite cet exemple uniquement car il me paraît symptomatique. Peter Jackson, ivre du succès rencontré par le passé, a dû penser pouvoir tout se permettre du moment que tout se déroule en "Terre du milieu".  

En effet, le problème majeur de ce découpage en trois longs-métrages est qu'il pose la question du rythme, qui sera inévitablement inégal, entre un premier volet où les enjeux dramatiques sont moindres et où peu de choses arrivent réellement, un deuxième volet où l'on imagine que l'action sera au rendez-vous et qui en distille juste assez pour nous garder en haleine, et ce jusque l'apothéose finale, une bataille épique, bourrée de duels, qui nous fera oublier que les deux premiers sont en réalité accessoires.

Pour parler de l'oeuvre en question ici, on peut résumer son défaut majeur de manière assez simple et concise : Un film entièrement basé sur une bataille finale qui promet de nous en mettre plein la vue n'est que peu de choses, on ne s'y amuse pas plus juste parce que l'on voit se résoudre toutes les intrigues lancées auparavant dans un déferlement de violence (repensez au dernier volet de la saga "Harry Potter"). Qui plus est les scènes de bataille sont d'un ennui terrible, le charisme étant absent de chacune des 5 armées évoquées, et même les protagonistes et leurs adversaires n'offrent dans les duels que peu d'excitation. C'est bien regrettable au vu du fait qu'il s'agissait pourtant d'un des points forts de la mise en scène de Peter Jackson.

Toujours concernant le rythme de l'oeuvre, l'on peut questionner le bien fondé de la séquence d'ouverture qui fait écho au cliffhanger du deuxième volet, mais qui débute le récit sur les chapeaux de roues pour retomber très rapidement dans la lenteur, une fois la participation au récit du dragon Smaug achevée. Certains me qualifieront de mauvaise langue lorsque je prétends que l'intrigue se focalise entièrement sur la bataille finale, mais il apparaît évident que tout conflit du récit est artificiel puisque les griefs entre personnages principaux, importent peu quels qu'en soient les motifs, l'enjeu est évidemment l'unification des "bons" pour faire face aux "méchants". La vieille rengaine du bien contre le mal, des ténèbres face à la lumière, qui ne pose aucun souci du moment qu'elle est exploitée correctement.

Artificiel est un terme très approprié pour qualifier l'ensemble de cette trilogie, que ce soit à cause des images de synthèse omniprésentes, d'une amourette sans intérêt pour le récit, une esthétique fade au possible et une exagération horrifique des capacités physiques des personnages principaux, le tout est grossier et fait penser au bâtard d'un jeu vidéo et d'un dessin animé (à aucun moment on ressent de danger véritable). L'esthétisme est ici l'alpha et l'oméga et ne laisse aucune place pour le fond, aucune chance au réalisme, tout brille, tout est visuellement "beau" (si l'on aime des image avec un rendu plein de fausseté), tout est chorégraphié de A à Z, et pourtant on n'y sent aucune âme, aucun esprit, juste de la vulgarité cinématographique et une certaine prétention du côté de la réalisation.

Contrairement aux volets précédents, cet opus n'a que très peu vocation à faire rire, et pourtant toutes les soupapes comiques pour évacuer la tension sont basses et évidentes, voire exaspérantes. Certaines actions des personnages et la réussite de ces actions sont tantôt improbables, tantôt stupides et quasi systématiquement une parodie à gros budget du Seigneur des anneaux (à commencer par le gimmick des aigles arrivant au moment où on ne s'y attend pas). Au passage je conseille à quiconque appréciant les Nazgûl de mordre dans quelque chose pour ne pas se blesser.

Enfin, mon avis définitif après visionnage des trois volets est que la trilogie du Hobbit n'a pas marqué et ne marquera pas l'histoire du cinéma comme sa grande soeur. Le tout fût vendu comme une continuation du "Seigneur des anneaux" puisque planté dans le même décor et réalisé par le même génie, mais il apparaît qu'il n'en est rien. Là où "Le Seigneur des anneaux" s'ancrait dans le réel et proposait des personnages avec une large palette d'émotions et du relief, une esthétique belle et mystérieuse et faisait des long panoramiques sur la splendeur du paysage Néo-Zélandais sa marque de fabrique, Le Hobbit a eu les yeux plus gros que le ventre et a voulu être à la pointe de la technologie et du détail millimétré, de l'esthétique pour l'esthétique sans à aucun moment la faire coïncider avec celle des oeuvres précédentes. Ce qui ne l'empêche pas de chercher à établir un lien qualitatif entre la première et la seconde trilogie (en témoigne la séquence de fin de ce dernier volet).

Le résultat sera facile à contempler d'ici quelques années, "Le Seigneur des anneaux", ainsi que "Les Deux Tours" et "Le Retour du Roi", resteront une oeuvre originale et intemporelle, et le Hobbit tombera dans l'oubli après que les enfants auxquels cette trilogie s'adresse auront grandi et voudront voir des films plus matures et adultes. Dans le meilleur des cas, elle continuera à être vue car éternellement vendue (comme ce fût le cas) comme un "genre de Seigneur des anneaux", en réalité plus décadent et moins crédible.

Pardonnez-moi pour ceux qui ne sont pas de mon avis et qui n'apprécient pas mon ton, mais quoiqu'il arrive et quoi que je dise, les personnes souhaitant le voir y iront car ce n'est pas le genre de film que l'on esquive, en particulier si l'on a apprécié "Le Seigneur des anneaux".

PS: J'aimerais toujours qu'on m'explique pourquoi diable Legolas a-t-il les yeux bleus dans cette trilogie ?
Auteur :Chris Carlin
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