Critiques

Le Hobbit : Un voyage ennuyeux

Par Christopher Ramoné

Rares sont les films à posséder une si belle et riche légende alors que l’œuvre en question n’est pas encore décortiquée par des observateurs assidus en salles obscures. À l’heure où ces lignes seront lues par certains curieux, « Le Hobbit — Un Voyage Inattendu », aura sûrement frappé l’assistance. Et pourtant. L’adaptation du Hobbit de Tolkien, œuvre se situant avant « Le Seigneur des Anneaux », ne fut pas des plus simples.

Au milieu des années 90’, Peter Jackson et sa femme font du Hobbit une priorité. New Line s’associe, mais les droits appartiennent au décadent United Artists. Diantre ! Cette adaptation arrive finalement aujourd’hui, plus de 10 ans après le premier volet de la trilogie à succès du « Seigneur des Anneaux ». Trois chapitres massifs qui portaient en héros Peter Jackson, grand gourou d’une secte défendant corps et âmes son Dieu. Question de droits, puis changement de réalisateur, délocalisation d’un tournage puis retour à la case départ, adapter « Bilbo Le Hobbit » ressemble fortement à un parcours du combattant. C’est donc tout à son honneur, Peter Jackson a bataillé pour porter ce petit bijou de littérature fantasy à l’écran. Pour ceux qui craignent le crime de lèse-majesté, la croix rouge en haut à gauche (à droite pour les has been sur PC) peut abréger vos souffrances. Les autres, votre courage est égal à celui de Peter Jackson.

Avant de saliver devant « Le Hobbit en 3D » — parce que le HFR n’a pas été présenté aux journalistes, probablement la peur de voir les critiques s’abattre sur LE détail technique du film — deux problématiques se dégagent. Comment satisfaire les aficionados de Tolkien en traînant le boulet du sombre « Seigneur des Anneaux » derrière soi ? Comment faciliter l’immersion aux profanes et néophytes qui n’ont pas fait de la Terre du Milieu leur tapisserie de salon ? En grand maestro, Peter Jackson va satisfaire les deux, d’une manière aussi inégale qu’audacieuse. Il ouvre ce premier volet par un long prologue sur Bilbo (que campera un excellent et flegmatique Martin Freeman), vieillard classieux livrant son secret à un personnage que l’on croit avoir vu dans le passé (je réfléchis encore à la question). Une manière, pédagogique, de bien introduire ceux qui avaient peur de prendre le train en retard et qui scandent sur tous les toits : « moi Le Seigneur des Anneaux, je n’ai jamais rien compris ».

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Martin Freeman - Copyright Warner Bros. France

Peter Jackson a retenu la leçon. Après cette belle introduction dans l’univers de Tolkien, et pensant avoir réussi l’exercice de l’immersion, Peter Jackson s’adonne à une flopée de plans « fond d’écran Windows » (pas si has been que ça les PC) pendant que le scénario s’embourbe dans un pesant schéma narratif. Des dialogues qui n’en finissent plus, suivis de plans contemplatifs (portés par la superbe musique d’Howard Shore), puis retour aux longueurs. Sans réduire le film à cette construction, puisque Jackson arrive à nous servir des fulgurances ahurissantes et inspirées (une scène de course-poursuite entre nains et gobelins dans une ville souterraine), « Le Hobbit » est tristement condamné à errer entre ses longueurs agaçantes. On ne pourra reprocher à Peter Jackson d’avoir osé.

Le Seigneur des Anneaux est un livre riche, foisonnant et largement destiné à une possible trilogie. Le Hobbit ne l’est pas. En plus d’être doté d’une écriture plus enfantine, ce « préquel » au Seigneur est court, fluide, moins fourni. Conséquence, Peter Jackson se devait de satisfaire les fans de la première heure en les maintenant dans leur univers, tout en cherchant à captiver un nouveau public, si possible plus jeune. Les scènes d’action, aussi impressionnantes soient-elles, se font rares, les dialogues s’éternisent — à l’instar de cet échange interminable entre un Gollum magnifié par la motion capture et Bilbo, avec un clin d’œil insistant sur le précieux — et voilà que l’on se retrouve à dévorer, les paupières lourdes, 2 h 45 de film.

Comme Peter Jackson n’est ni James Cameron, ni Steven Spielberg, une telle durée sur une si ambitieuse adaptation paraît presque transgressive. D’autant que la 3D est d’un intérêt quelconque, Jackson ayant taillé son œuvre pour le 48 images par seconde, procédé qui permet d’augmenter la fluidité de l’image et par là, la sensation de réalité. Le tout avec une caméra Epic, et des moyens colossaux qui font du « Hobbit » un tentpole bienvenu. Même si sa transformation en trilogie a suscité quelques attaques sur la visée commerciale d’une telle opération (Jackson assure se servir des appendices du « Seigneur des Anneaux »). On ne pourra donc évoquer ici le choc visuel que représente ce High Frame Rate. En revanche, et malgré ce style pédagogue destiné à charmer les néophytes, « Le Hobbit » nous perd en route. Aussi ennuyeux qu’impressionnant, ce premier volet laisse perplexe et soulève de nombreuses interrogations sur les deux épisodes restants.

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