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Le Livre d’Eli : Manque d’ambition

Nous n'avions plus eu de nouvelles des frères Hughes depuis 2001 et la sortie de « From Hell », avec Johnny Depp dans le rôle principal. Non content d'être un très bon film sur le thème de Jack l'éventreur, « From Hell » était (et est toujours d'ailleurs) un film visuellement splendide. Le travail esthétique qui y était fait était tout simplement bluffant. C'est dire que depuis huit ans, on attendait avec une impatience non dissimulée leur nouveau film. Malheureusement, la déception est là. « Le livre d'Eli » n'est pas vraiment un mauvais film ni même un ratage, mais force est de constater que l'on attendait beaucoup plus de rigueur de la part des frangins. Attendre presque une décennie pour revenir avec un film aussi bancal est pour le moins surprenant.

Nous retrouvons donc le personnage d'Eli, voyageur madmaxien se baladant sur les routes désolées d'une Californie post-apocalyptique. Il transporte avec lui un livre que convoite Carnegie, le grand méchant du film incarné par un Gary Oldman qui pourrait peut-être changer un peu de registre (si ce n'est son personnage de flic intègre de la nouvelle série des Batman).

Au final, plus qu'un film futuriste, « Le livre d'Eli » reprend complètement les codes, les thèmes et les conventions du western. On y retrouve même l'architecture des villes de l'Ouest, le saloon, la scène de flingage avec les tireurs planqués sur les toits, etc. Ne manque en fait que le croque-mort et son mètre pour n'oublier aucun des clichés du genre. On peut donc s'interroger sur la pertinence de prendre un film post-apocalyptique pour finalement le traiter à la manière d'un western.

Néanmoins, le principal problème du « Livre d'Eli », ce n'est pas le film en lui-même mais plutôt qu'il y a quelques semaines, sortait sur les écrans « La route » de John Hillcoat et que tout ce qui faisait de « La route » un grand film est ici raté. Nous avions avec le film d'Hillcoat une œuvre d'une profonde rigueur avec un soin extrême apporté à la vraisemblance de l'univers, du contexte. Mortensen, comme tous les autres personnages du film, y était maigre, sale, lâche. Ici, le maquillage parfait de Mila Kunis, le principal personnage féminin, son brushing impeccable à chaque fois qu'elle apparaît à l'écran (entre autres exemples), ne peuvent que nous faire sortir du film. Où est passé la rigueur esthétique de leur film précédent ? Il en va de même pour le traitement visuel du film. L'ambiance sépia du film (un classique pour tous les films du genre) est ici poussée à son extrême. En fait l'esthétique du film manque tout simplement d'originalité.

Au final, « Le livre d'Eli » n'est pas un mauvais film. On ne s'y ennuie pas vraiment. Il y a même quelques séquences plutôt pas mal fichues. Mais quel manque d'ambition ! Manque d'ambition jusque dans le twist final, complètement inutile et semblant n'être que là pour plaire aux masses de spectateurs du samedi soir. Mais peut-être faut-il prendre le film pour ce qu'il est, c'est-à-dire un simple pop-corn-movie, même si on attendait forcément mieux pour le retour du tandem Hughes.
Auteur :Loïc Gourlet
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