1 décembre 2021
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Le Mystère de la Chambre Jaune : Critique

Par Christophe Roussel

Pour Bruno Podalydès, grand Tintinophile, le héros de Hergé est inadaptable au cinéma, mais il est possible de tourner autour et c'est bel et bien ce qu'il fait avec "Le mystère de la chambre jaune". L'ombre de Tintin hantait déjà les trois premiers films de Bruno Podalydès (rappelez-vous la scène du restaurant syldave dans Dieu seul me voit, hommage direct au Spectre d'Ottokar…). Ici, dans "Le mystère de la chambre jaune", quatrième adaptation cinématographique du roman de Gaston Leroux, Bruno Podalydès et son frère Denis ont pris quelques libertés avec le personnage de Rouletabille. Celui-ci, plus âgé, porte des pantalons trop courts et sa valise est couverte d'étiquettes comme celle de Tintin.

Avec ce film les frères Podalydès font d'une pierre deux coups en fusionnant deux héros de leur enfance et continuent de faire un cinéma de bande dessinée loufoque, tendre et absurde, un cinéma de la culture populaire que ne renierait pas un cinéaste comme Alain Resnais. La référence à Resnais n'est d'ailleurs pas innocente car Bruno Podalydès lui a dédié son film et a emprunté au grand cinéaste français son amour pour le film de troupe ainsi que le charme un peu suranné qui se dégage de certains de ses films.

"Le mystère de la chambre jaune" est un grand film d'acteurs. Au côté de la troupe Podalydès (Isabelle Candelier, Jean-Noël Brouté, Dominique Parent), on trouve de nouveaux acteurs associés: le couple Resnaisien Azéma-Arditi, Olivier Gourmet, Michael Lonsdale et Claude Rich. Tous s'en donnent à cœur joie dans ce film rétro où l'apprenti détective Joseph Rouletabille (Denis Podalydès) ne faisant confiance qu'au bon bout de sa raison va tenter de répondre à ses deux questions:

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Denis Podalydès et Jean-Noël Brouté - Copyright UFD

Qui a frappé à la tempe Mathilde Stangerson (Sabine Azéma), la fille d'un savant (Michaël Lonsdale), d'un coup d'os de mouton ? Comment l'agresseur a-t-il pu s'échapper d'une pièce apparemment close, la célèbre chambre jaune ? tout en affrontant le policier Frédéric Larsan (Pierre Arditi)…

Si le réalisateur respecte l'œuvre originale (en condensant parfois quelques personnages ou quelques épisodes), il a su ajouter ce qui fait la singularité de son cinéma, un côté loufoque et absurde porté à son paroxysme dans la scène d'anthologie où Sainclair (Jean-Noël Brouté) le fidèle complice de Rouletabille se cache dans une horloge pour espionner l'assassin. A ses gags visuels presque Keatoniens (voir aussi la voiture à énergie solaire…) s'ajoutent un constant décalage dans les répliques ou le jeu des comédiens qui donne toute la saveur de ce film que certains pourront trouver trop mécanique et sans réelle enjeu, tant l'œuvre de Leroux est connue.

Toutefois, tout le talent de Bruno Podalydès est d'avoir su trouver le bon équilibre entre l'hommage fidèle et l'adaptation libre. Les frères Podalydès se sont amusés comme des enfants (voire le train miniature du début assez symbolique…) sans pour autant oublier les parts d'ombre et de noirceur que cache le héros, car le vrai mystère du film est finalement Rouletabille mais pour comprendre il faudra attendre qu'ils tournent la suite, Le parfum de la dame en noir. En attendant, "Le mystère de la chambre jaune" est indiscutablement le quatrième grand film français de l'année après "La fleur du mal", "Bon voyage" et "Un homme un vrai"… De grâce, courez-y !

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