11 décembre 2019
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Le Nombre 23 : Pour Jim Carrey…

Capable du meilleur comme du pire, l'inégal Joel Schumacher s'est fait détester des critiques bien pensants par une propension à traiter de sujets chauds (peine de mort, autodéfense, snuff movie) avec une absence de subtilité proportionnelle à l'académisme d'une mise en scène plutôt morne. Mais, même en méprisant ses ennuyeuses adaptations de romans de John Grisham, Schumacher reste un honnête faiseur dont certains films (notamment Chute libre et Phone game) ont marqué durablement l'esprit du grand public. D'où une certaine curiosité face à ce « Nombre 23 » qui offre à Jim Carrey un nouveau rôle dramatique après les excellents « Man on the moon » et « Eternal Sunshine of a spotless mind ».
 
A en croire l'intrigue de ce thriller à relents fantastiques, le nombre 23 aurait une signification quasi mystique puisqu'il serait le centre de complots diaboliques et le signe qu'une destinée inquiétante se cache sous la forme d'une numérologie complexe. De quoi s'arracher les cheveux surtout pour le modeste héros du film qui ne faisait que travailler pour la fourrière du coin avant de sombrer dans un délire obsessionnel dévastateur. Pendant presque une heure, Schumacher parvient à rendre convaincante cette descente aux enfers en distillant insidieusement le doute dans l'esprit du spectateur par une mise en scène efficace à défaut d'être réellement novatrice- et un Jim Carrey très convaincant.

Il faut dire que le réalisateur ne cache pas ses efforts pour créer l'atmosphère quasi fantastique du Nombre 23 : séquences oniriques volontairement sur exposées, travail soigné sur les différentes émulsions pellicules, effets spéciaux numériques aussi efficaces que discrets. Joel Schumacher semble vouloir montrer qu'il a la trempe d'un David Fincher. Ce n'est d'ailleurs pas la première fois que les deux hommes chassent sur les mêmes terres puisque le très foireux « 8 mm » marchait allègrement sur les pistes d'un certain « Seven». L'intrigue était d'ailleurs signée par le même scénariste.

Malheureusement, le réalisateur de « Batman et Robin » a beau multiplier les effets de style, le dernier acte de son nombre 23 constitue l'exact opposé de ce qu'on peut attendre d'un thriller aussi soigneusement amorcé. Non content de se payer un twist aussi décevant que peu crédible, le film rentre aussitôt dans le rang d'un banal thriller du samedi soir mollement défendu par un final ridicule où les vieux fantômes du metteur en scène (puritanisme, morale républicaine) n'agaceront pas que les détracteurs du cinéaste.

Sabordé par ce manque d'audace, le spectateur, lui, n'a que peu de chance de passer outre ces énormes défauts. Reste la performance de Jim Carrey : c'est peu.
Auteur :Frédérick Lanoy
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