14 octobre 2019
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Le Nouveau Monde : A admirer !

Quatre films en vingt ans. Et pourtant Terrence Malick n'est pas fainéant. L'homme est plutôt du genre obsessionnel. Lorsqu'il décide d'adapter l'histoire de Pocahontas sur grand écran avec "Le Nouveau Monde", il choisit de conserver la langue des Indiens, l'algonquin. Et qu'importe si celle-ci n'est plus parlée depuis deux siècles. Malick ne choisit jamais la facilité.

LLe Nouveau Monde" aurait pu être tourné en 70 mm. Non, ce sera du 65 mm, un format extrêmement coûteux à développer. A voir le résultat final, le film méritait amplement ses « caprices ».

Suivant la piste de "La Ligne Rouge", sa précédente production, Terrence Malick déroule de somptueux panoramiques sur les paysages enchanteurs de cette île, encore vierge de toute colonisation. Les jeux de lumière, les brumes qui enveloppent collines et plaines, les vagues qui balaient le rivage hantent ce "Nouveau Monde".

Malick filme une Nature oubliée et souillée par l'homme. Sans jamais tomber dans la candeur. Car, ses plans sont empreints d'une profonde humilité. Pas de pittoresque, pas de spectaculaire. Le spectaculaire est dans le choix de la mise en scène. Se concentrer sur le tronc d'un arbre pendant de longues secondes, contempler la mer comme on observe un tableau, autant d'instant que nous offre rarement le cinéma.

"Le Nouveau Monde" n'est pourtant pas à ranger dans la catégorie « documentaire ». Derrière cet appel à la sauvegarde des milieux naturels, et au fil d'un voyage qui le mènera au centre de l'âme humaine, le poète Malick livre de nouvelles réflexions.

Le pouvoir pourrit-il l'homme ? Comment un paradis pour certains se transforme en enfer pour d'autres ? Pour autant, rien ne sert de partir à l'assaut de ce nouveau monde, un manuel de philosophie sous le bras. Le film ouvre naturellement la porte à tous ces questionnements. Et si le spectateur n'y est pas réceptif, reste la mise en scène virtuose de Malick.

Ceux qui avaient gardé en mémoire la version Disney de l'histoire d'amour entre l'anglais Smith et l'indienne Pocahontas risquent donc d'être surpris. La naïveté du récit se transforme en de sincères instants de bonheur, brutalement mis en pièce par la violence des colons.

La cruauté des hommes, l'absurdité des combats explosent au visage du spectateur. Sans prévenir. Et c'est parce que Colin Farrell donne corps à cette idée qu'il réalise un grand numéro d'acteur. Les plus beaux des sentiments, chez lui, peuvent subitement s'effacer et laisser place à leurs sombres rivaux.

Conservant le talent de Colin Farrell en tête, on comprend la baisse de rythme qui vient frapper "Le Nouveau Monde" dans les dernières minutes. Au moment où Christian Bale, pourtant convaincant, rentre en scène. Ce n'est plus le même homme, ce n'est plus le même couple, ce n'est plus le même propos.

On passe de la découverte de l'état de nature et de sa perversion par les colons, à une simple caricature de l'affrontement entre progrès et tradition. La haute volée des deux premières heures éclipsent une fin qui se fait attendre. Ne soyez pourtant pas pressé d'en finir avec ce "Nouveau Monde".

Ne vous hâtez pas de quitter la salle. Il faudra peut-être attendre dix ans avant d'y entrer à nouveau pour admirer le travail de Terrence Malick. 


Auteur :Matthieu Deprieck
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