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Le Nouveau Protocole : Thriller à la française

Clovis Cornillac campe un bûcheron qui vient de perdre son fils au cours d'un accident de la route. Il refuse de laisser le doute et la détresse s'emparer de lui, il donne libre cours à la colère. Cette séquence où il tente de couper un arbre à la tronçonneuse est marquante : il devient fou, il semble être au bout du rouleau, il hurle à la mort.

Le scénariste Eric Besnard joue la carte de la malice, et évite les relents de "The Constant Gardener". Ralph Fiennes voulait savoir pourquoi sa femme avait disparu. Ce père veut comprendre pourquoi son fils est décédé. Au centre du jeu dans "Le Nouveau Protocole" : les essais cliniques pratiqués sur son fils, et financés par un laboratoire pharmaceutique. Une inconnue lui ouvre les yeux là-dessus et l'entraîne dans un engrenage (Marie-Jozée Croze). C'est eux contre un laboratoire. L'ennemi à abattre est aussi invisible qu'invincible !

Eric Besnard évite l'écueil du thriller américain, poule aux œufs d'or d'Hollywood. Ce thriller ne garde des Américains que son accent macroéconomique (un homme seul face à des puissants). Il se joue bel et bien « à la française », et avec des moyens limités. Un bus dans Paris, une station de nettoyage automobile, et le suspense continue, les héros restent sains et saufs. Le spectateur accroche, car la crédibilité est là.

Un thriller est un mélange d'action/suspense. La musique manque. C'est un premier signal indiquant combien Thomas Vincent oriente son œuvre vers de l'action, au détriment du suspense. Une solution de facilité peut-être, le meilleur moyen, en tout cas, de garder le spectateur en haleine. On regrettera ce mauvais dosage d'adrénaline, et peut-être y verrons-nous une appréhension de Vincent, vis-à-vis d'un genre exigeant qui nécessite une expérience ou un savoir-faire affirmé.

"Le Nouveau Protocole" est un thriller à la française, sans extravagances, sans paillettes ni suspense gratuits, où tout est fait dans les règles de l'art, avec une humble pointe d'artisanat. On a de belles scènes d'action en prime et une mise en scène de la mort terriblement noire. Thomas Vincent n'y va pas de main morte lorsqu'il filme la mort en direct. Il ne représente plus la mort, il fait « vivre » un instant fatidique puis bloque sa caméra sur une froide réalité. Cet homme de main à terre, la figure en sang ; cette femme qui décède sur la banquette arrière et qui contracte son visage de souffrances, cherchant à reprendre son souffle jusqu'à blanchir et se momifier…

Clovis Cornillac, lui, est devenu une valeur sûre. C'est un beau cadeau qu'il fait à Thomas Vincent. Les compères de "Karnaval", en 2000, César du meilleur espoir pour Cornillac, s'associent dans un véritable défi. Un défi contre le thriller américain, celui des hautes sphères politiques et stratégiques. Un défi contre leur budget, car faire du thriller demande des moyens, quoi qu'on en dise. Thomas Vincent dresse contre un laboratoire pharmaceutique, un bûcheron crédible de naïveté, et finit par plonger pour de bon le spectateur dans un vrai brouillard opaque.

Une vengeance légitime ? Un défi réalisable ? Un bûcheron qui délire ? A vous de trouver la réponse...

Auteur :Frédéric CoulonTous nos contenus sur "Le Nouveau Protocole" Toutes les critiques de "Frédéric Coulon"

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