6 décembre 2021
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Le Passager de l’Eté : Critique

Fini la nostalgie aux senteurs de formol et les petits garçons poussant la chansonnette a capella pour émerveiller les aînés, "Le Passager de l'Eté" s'inscrit très loin de la lignée des précédentes productions similaires. Bien que nostalgique de part les portraits de campagne qu'il dépeint au travers de personnages typiques réunis en huit clos dans cette ferme du milieu du siècle dernier, c'est au-delà du pur descriptif que le film de Florence Moncorgé-Gabin nous imprègne de son atmosphère particulière.

A partir d'un scénario mille et une fois ressassé et dont la trame littéraire est palpable, le challenge était de taille. Or si le casting aussi hétéroclite que talentueux permet au mieux d'apprécier les nuances des dialogues (Catherine Frot en tête, subtile et impénétrable), la lumière baignant les décors naturels donne naissance à un esthétisme rarement égalé dans le genre. Ainsi, dans "Le Passager de l'Eté", on se rapprochera des peintures de Vermeer dans les scènes intérieures et les extérieurs bénéficieront d'un même soin, conférant au Cotentin des allures de Midi, le tout sans s'appuyer lourdement sur les paysages chatoyants.

L'histoire même n‘est pas en reste, car de son classicisme découle une poésie en parfait accord à la période décrite où s'amorcent des changements inéluctables. Modernisme, mentalités évoluent et le moindre aspect rejaillit au travers des relations des trois femmes avec Joseph. Jeanne l'institutrice jeune et rêveuse, lui offre des ailes, Monique la place laissée vacante par son mari, et Angèle la pharmacienne, lui ouvre les portes de l'insouciance marivaude...

Autant de soupirantes qui font que Joseph (Grégori Derangère) l'élément perturbateur aux yeux des hommes du village –parmi eux François Berléand, acariâtre à souhait dans son rôle de maire-. Personnages faciles à cerner au premier regard, ils se révèleront plus illisibles dans leurs attitudes au fur et à mesure de leurs interactions avec le jeune commis et de leurs rivalités. En toile de fond, les premiers indices de la modernité apparaissent (le tracteur, les aspirations de la jeunesse vis-à-vis de la ville) et ouvrent la voie à des scènes plus proches de nous où un homme tente de trouver les réponses aux évènements qu'à connu cette ferme.

Mélodrame affiché, intimiste, et accusant un naturel plus que bienvenu, "Le Passager de l'Eté" ne souffre d'aucun syndrome du « premier long-métrage ». La réalisatrice Florence Moncorgé-Gabin (fille du célèbre acteur) nous prouve, avec sa première œuvre, que l'étendue du genre ne s'arrête pas au frontières du téléfilm régional, ni à l'adaptation de roman papier. Avec un savoir faire évident (quelques maladresses anecdotiques dans l'utilisation du zoom, cependant), elle apporte la touche d'authenticité qui manquait au genre depuis quelques années, et permet de redécouvrir une pléthore d'acteurs au sommet de leur art.

Auteur :Julien LeconteTous nos contenus sur "Le Passager de l'été" Toutes les critiques de "Julien Leconte"

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