23 octobre 2020
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Le Petit Lieutenant : Police de proximité

Dans "Le Petit Lieutenant", alors qu'elle vient prendre ses nouvelles fonctions dans un petit groupe de la PJ parisienne, le commandant Vaulieu (Nathalie Baye), à qui l'on demande qui elle veut prendre en plus dans son service, désigne « le petit lieutenant, là ».

Ce petit lieutenant, c'est Antoine (Jalil Lespert) fraîchement sortit de l'école de police et qui avait promis à sa femme de choisir Le Havre comme affectation, ville d'où ils sont originaires. Au dernier moment, il a choisit Paris. « Si on est archéologue, on n'hésite pas vraiment entre l'Egypte et le Pas de Calais » lui rétorquera t-il. Il va découvrir l'ordinaire de ces quelques flics comme tant d'autres, avant que deux russes, s'amusant à balancer des gens dans la Seine, viennent remuer le quotidien.  

On pense à Pialat, à Tavernier ou bien encore à Corneau en voyant "Le Petit Lieutenant". Cela est surtout vrai dans sa première partie, dans le traitement quasi-documentaire du quotidien de cette petite brigade de flics.

Pour se faire, Xavier Beauvois tente de gommer toutes les marques de subjectivité cinématographique en supprimant par exemple la musique (pas même dans les génériques de début et de fin), en ayant régulièrement recours à une caméra portée nous projetant au milieu des protagonistes. Beauvois, dans cette première partie, privilégie également les scènes du quotidien. Quand ils n'ont rien à faire, les flics jouent aux jeux vidéos, fument des joints, se bourrent la gueule pour fêter l'arrivée d'un nouveau, etc.

Aucune critique dans tout ça. Il veut juste nous montrer que des flics, c'est simplement vous et moi. On se retrouve du coup un peu loin des superflics du "36 Quai des Orfèvres".

Après un rebondissement que je vais bien entendu taire ici, le film va changer de cap. En effet, la plongée pleine et entière au sein d'un service de police, Tavernier l'avait faite magnifiquement avec "L 627" et aussi réussit soit-elle dans la première partie, il n'était sans doute pas besoin de recommencer, d'autant plus que la comparaison aurait sans doute été difficile à tenir dans la longueur.

De son postulat documentariste initial, le film va alors devenir un polar à part entière en conservant bien évidemment son traitement formel.

Peut-être pourra t-on avoir un petit regret de perdre alors un peu de vue ces quelques personnages de flics auxquels on s'était attaché, au profit de la trame maintenant devenue principale. Que devient le collègue responsable de la bavure ? Y a-t-il un quelconque avenir dans l'histoire entre Vaudieu et son juge ?

Beaucoup d'autres questions auxquelles le film ne nous apportera pas de réponses. Le problème vient peut-être du fait que nous aurions voulu rester encore longtemps avec eux, mais un film, cela a nécessairement une fin.

Auteur :Loïc Gourlet
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