Critiques

Le Peuple Loup : Une fable environnementale

Par Alexa Bouhelier-Ruelle

Le studio d’animation Irlandais Cartoon Saloon, basé à Kilkenny, est l’un des derniers irréductibles du crayon n’ayant pas vendu son âme, dans cette ère d’animation post-« Shrek ». Enraciné dans la mythologie irlandaise, "Le Peuple Loup", ce film à l’esthétique à couper le souffle, est la dernière entrée dans la trilogie celtique proposée par Cartoon Saloon.

Vous vous souvenez peut-être de "Brendan et le Secret de Kells", nommé aux Oscars en 2009, et du "Chant de la mer". En effet, 10 ans plus tôt Tomm Moore avait surpris le monde entier avec une nomination aux Oscars pour son film d’animation indépendant doté d'une palette de couleurs plus vives les unes que les autres, et des feuilles si vertes qu’elles en brillaient presque dans le noir. A l’époque, ce petit film n’avait aucune chance contre les productions issues des studios majeurs tel Pixar. Toutefois, en cette nouvelle année, les nominations pourraient nous réserver quelques surprises. En effet, "Le Peuple Loup" est l’un des meilleurs films de cette année 2020, mais aussi l’un des plus impressionnant techniquement. Le dessin fait main est rare de nos jours et se prête ici parfaitement à cette histoire, mettant en scène deux jeunes filles venant au secours de loups dans la forêt surplombant Kilkenny, au milieu du XVIIème siècle.

Les stars du Peuple Loup

Tout d’abord, il faut commencer par définir ce que l'on appelle "Le Peuple Loup" : reconnaissable immédiatement avec leurs yeux ronds et leurs crinières rousses, ces personnages ensorcelants sont mi- humains, mi- loup. Ils parlent aux loups par télépathie, protégeant les villageois des possibles attaques, mais plus souvent ce sont eux qui défendent les loups, mis en danger par la modernisation des villages alentours.

Habituellement, quand un loup se trouve dans un conte, il est directement la source du mal (posez la question au Petit Chaperon Rouge elle sait de quoi je parle...) Cependant, ici, avec "Le Peuple Loup", ce sont les humains qui sont menaçant et non l’inverse.

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Robyn - Copyright Haut et Court

Au milieu de tous les personnages animés que Tomm Moore a imaginés, Mebh est la plus aboutie, avec des expressions pleine de malice, des canines acérées en passant par ses cheveux pleins de feuilles et de petites branches. Ce personnage représente tout ce que Pixar a essayé d’atteindre avec Mérida dans "Rebelle" : l’indépendance, la détermination et la défiance, le tout à travers une esthétique bien plus intéressante. D’un autre côté, Robin, Bill et les autres humains sont dessinés avec des traits anguleux, à travers des couleurs débordant des lignes comme si le dessin était grossièrement fini. Le contraste avec Mebh et sa maman est de fait saisissant.

Avec "Le Peuple Loup", Cartoon Studio à enfin atteint son plein potentiel. Les plus jeunes ont besoin de ce genre de film, centré autour de personnages féminins forts où l’obéissance aveugle est remise en question, tout en faisant un effort pour incorporer des influences culturelles et historiques claires. Le scénario de Will Collins sort peut-être un peu des sentiers battus, mais il est difficile de lui en vouloir vue la beauté du paysage.

Encore une fois, "Le Peuple Loup" est l’un des meilleurs films de 2020 et surement le meilleur film d’animation depuis bien longtemps. La dite animation n’y est pas seulement somptueuse, mais aussi intelligente et active. "Le Peuple Loup" est ainsi une fable environnementale pour les plus jeunes qui pourra faire penser au classique du studio Ghibli : "Princesse Mononoké". Ce film à plus d’une leçon à partager, que ce soit sur les relations entre les parents et leurs enfants ou entre les humains et la nature. Jeunes et moins jeunes y trouveront surement leur compte. A voir prochainement au cinéma...

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