13 décembre 2019
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Le Pianiste : La critique du film

Mondialement réputé pour sa carrière notamment dans le cinéma fantastique autour de films comme "Rosemary's Baby" ou "La neuvième porte" par exemple, Roman Polanski a choisi pour son nouveau film de s'intéresser au récit d'un pianiste juif polonais témoin de ce que fût la période d'occupation, d'enfermement et de déportation à Varsovie entre 1939 et 1945.

Dès 1945, Wladyslaw Szpilman racontera son histoire dans un ouvrage intitulé Une ville meurt mais, cerné par l'interdit communiste, son livre ne sera redécouvert que cinquante ans plus tard pour finir par être adapté sur grand écran par Roman Polanski, lui même témoin de cette époque.

Difficile exercice que celui de montrer l'étendue de l'horreur et de la barbarie nazie sans tomber dans le trop-plein de sentiments en faisant pleurer le spectateur des heures durant. A sa façon plus pédagogique, Steven Spielberg y parvenait plutôt bien dans "La Liste de Schindler". Ici, Roman Polanski, secondé par un Adrien Brody plus efficace que jamais, réussit l'exploit de transmettre la cruauté sauvage de ces heures sombres sans en faire un spectacle à part entière ou un ressort dramatique pour capter son spectateur.

D'une grande maîtrise formelle, "Le Pianiste" ne déborde jamais dans sa réalisation, les plans se suivent, nets. Pas une fois, dans une des nombreuses scènes difficiles qui parsèment le film, la caméra de Roman Polanski ne se rapproche des visages ou des corps pour accentuer l'émotion ou susciter les larmes. Le cinéaste ne s'appesantit jamais sur aucune scène, se gardant ainsi bien de jouer avec le coeur de ses spectateurs pour ne frapper que leur intellect.

Paradoxalement, "Le Pianiste" en acquiert une force bien plus grande, devenant une sorte de récit fort de ces années terribles. Même le personnage de Szpilmann, ses errements intérieurs ou les questionnements nombreux qui on du être siens ne sont jamais évoqués. "Le Pianiste" ne relate que des faits, sans aucune fioriture ni aucun effet de style. Les faits innombrables, petits soubresauts du destin, qui ont fait que cet homme, en dépit de tout, a survécu.

Ce témoignage, son témoignage, aujourd'hui retranscrit avec beaucoup de sobriété et d'intelligence par Roman Polanski méritait amplement sa Palme d'Or. Une récompense à laquelle s'ajoutera sans doute celle de figurer dans de nombreux cours d'histoire.

Auteur :Guillaume Branquart
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