21 juillet 2019
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Le Pôle Express : Pas envie de le prendre ce train…

Le film sur l'esprit de Noël est un peu pour Hollywood, pays du cinéma, ce qu'est le Beaujolais nouveau pour la France, pays du vin… Tous les ans, à la même période, on sait que le nouveau crû va arriver. Arrêtons là l'analogie œnologique pour ne froisser personne ; toujours est-il que pour ce qui est des films sur l'esprit de Noël, il n'y a jamais vraiment de grande surprise.

C'est sans doute ce qui a préoccupé Zemeckis qui traque la nouveauté avec ce film d'animation en images de synthèse cherchant à se démarquer des productions Dreamworks et Pixar en jouant la carte du réalisme, voire du naturalisme. Certes, la forme choisie apporte une dimension nouvelle au traditionnel conte de Noël, même si le fond ne varie guère, mais n'est-ce pas dans ces motifs obligatoires de nuits neigeuses, d'enfants face à l'extraordinaire magie, et de la chaleur humaine censée se réveiller malgré le froid que résident le succès de ces contes ?

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Tom Hanks dans Le Pôle Express de Robert Zemeckis.
Malheureusement, pour ce qui est de l'animation, on se trouve ici face à un double problème. D'une part la technique mobilisée souffre encore d'un défaut de taille : le décalage troublant entre la grande vraisemblance des expressions humaines sur les gros plans de visages et l'allure de pantins dénués de vie qu'elle confère aux personnages dans les plans plus larges. D'autre part, elle semble avoir tellement amusé Zemeckis qu'il en a oublié de donner à son film une histoire digne de ce nom (il se contente des lieux communs du genre), qui devient du coup une très longue virée en grand huit…

Le voyage en train en tant que tel constitue le corps du film si bien que des personnages restent totalement inexploités (le vagabond), et que lorsqu'il s'achève, il paraît bien vain. On n'y aura pas appris grand chose, et ce que le film aura tenté de nous dire pourrait même faire froid dans le dos : le personnage de Billy, enfant des quartiers pauvres, dont on sous-entend que sa condition est due uniquement à son manque de confiance en soi est plus que problématique par exemple…

Enfin, les esprits chagrins (pas tant que ça d'ailleurs) aurons vite fait de rapprocher ce monde où le bonheur est érigé en système de travail sur l'île d'un auteur au combien plus talentueux (Georges Pérec) où le sport érigé en loi perdait du même coup toute dimension ludique, s'apparentant au pire des totalitarismes.
Auteur :Benjamin Thomas
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