15 septembre 2019
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Le Prestige : Belle manipulation !

Dans "Insomnia", le réalisateur britannique Christopher Nolan choisissait comme décor à son thriller l'extrême nord, une partie du monde où les jours s'étendent tellement qu'ils finissent par durer des mois et des mois. Prenant à rebours les codes du genre, Nolan utilisait une lumière crue, là où beaucoup d'autres plongent leur récit dans l'obscurité.

Avec son dernier film, "Le Prestige", Nolan remet ça. C'est, cette fois-ci, sous les lumières des cabarets et des music-halls, que se joue un duel à mort entre deux magiciens talentueux du début du XXème siècle.

Robert Angier et Alfred Borden vont se croiser pendant deux heures dans un face-à-face feutré et secret. Pointe ici la principale force du film : la juxtaposition entre le spectacle, le show, le secret qui entoure tous les tours de ces prestidigitateurs et la violence du combat qu'ils mènent.

Pour incarner ce duel, Nolan a choisit deux acteurs jeunes mais confirmés : Hugh Jackman et Christian Bale. Le réalisateur connaît bien le second : Christian Bale est le nouveau Batman, héros de son remarqué "Batman begins", sorti l'année dernière. La distribution de ce dernier film de Nolan explique en partie la qualité du Prestige.

Entre les principaux acteurs règne une cohésion, tous se connaissent, ont déjà travaillé ensemble sur de grands projets. Outre Christian Bale, Michael Caine jouait déjà sous la direction de Christopher Nolan dans "Batman begins".

Et puis, il y a la nouvelle star du cinéma anglo-saxon, à l'affiche dans trois films majeurs en novembre : Scarlett Johansson retrouve Hugh Jackman avec qui elle jouait dans "Scoop", la dernière réalisation de Woody Allen.

Le choix des acteurs n'est bien sûr pas le fruit du hasard. Il dénote, de la part de Christopher Nolan, de cette volonté de conserver intact un univers esthétique. Avec le succès de chacun de ses films vient l'argent et les pressions des producteurs.

Pourtant, en voyant "Le Prestige", on pense immédiatement à la toute première réalisation du Britannique, signe qu'il parvient toujours à imposer sa patte. Avec deux bouts de ficelle, "Following" sculptait un noir et blanc de toute beauté et mettait en scène un jeu diabolique de manipulations entre une femme et deux hommes mêlés à une étrange intrigue amoureuse.

"Le Prestige" n'est rien d'autre qu'une affaire de manipulation où le plus malin sera, non pas celui qui réalisera le tour le plus bluffant, mais celui qui arrivera à atteindre son adversaire.

Le spectateur prend alors un pervers plaisir à deviner comment Borden piègera Angier, ce que trame Olivia, envoyée par Angier pour décrypter les plans de son rival et accessoirement comprendre les ficelles de chacun de ses tours.

Malheureusement, cette folle course à l'inventivité et au crime entraîne l'intrigue jusqu'à l'invraisemblance, jusqu'à un ultime mano-à-mano abracadabrantesque. Les spectateurs venus se faire manipuler par Nolan n'y verront peut-être aucun inconvénient. Les autres garderont un mauvais souvenir de ce voyage dans l'Angleterre victorienne.

Auteur :Matthieu Deprieck
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