20 novembre 2019
Critiques

Le Procès du siècle : L’Histoire au banc des accusés

Alors que David Irving, archiviste spécialiste du régime nazi, proclame fièrement que la Shoah et les chambres à gaz n'ont pas existé, Deborah Lipstadt, professeure universitaire d'histoire et de littérature juives, publie en 1993 son ouvrage Nier l'Holocauste : L'Assaut croissant sur la vérité et la mémoire. Dans ce livre, elle dénonce sans mâcher ses mots, les propos négationnistes de l'archiviste. Très vite après quelques minutes de film et une conférence houleuse qui tourne en phénomène de foire, Deborah Lipstadt est attaquée pour « diffamation et atteinte à la profession » de David Irving. La machinerie judiciaire commence et sans plus attendre nous voilà plongés dans le vif du sujet : Comment se défendre ?  Car si Deborah Lipstadt est bien la seule accusée, l'enjeu de ce procès est universel et touche toute la communauté juive.

Comment prouver que la Shoah est une vérité, avec comme seule témoignage celui des rescapés ? Comment éviter de donner une tribune au négationnisme, au risque de le légitimer ? Tout l'intérêt du film porte sur l'union des hommes et femmes de lois qui ont plaidés aux côtés de Deborah Lipstadt et qui ont cherché jours et nuits, pendant des semaines entières, multitudes de dissonances dans les ouvrages et journaux de David Irving prouvant la mauvaise foi d'un historien véreux, raciste et antisémite.

Rachel Weisz est épatante par son interprétation d'une Deborah forte et fébrile à la fois. Contrainte au silence et au respect d'une justice anglaise lente et très protocolaire, elle résistera à la tentation de donner la parole aux survivants de cette époque qui pourraient plaidoyer pour sa défense. Timothy Spall incarne parfaitement un David Irving imbu de lui-même qui n'existe qu'en captant le regard de ses interlocuteurs, prêt à tout pour faire éclater sa version revisitée d'une histoire douloureuse et lui donner de la légitimité.

Un procès dans la tradition anglaise, sans vif plaidoyer, mais qui nous tient en haleine par l'intensité des regards, la subtilité des mots et l'incompréhension d'un protocole judiciaire qui peut nous paraître archaïque.
Auteur :Clémence Leroy
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