24 octobre 2020
Critiques

Le Prodige : Critique n° 1

Le moins qu'on puisse dire du dernier long-métrage d'Edward Zwick ("Le Dernier Samouraï", "Blood Diamond") c'est que, pour une oeuvre avoisinant les deux heures, le temps semble suspendu tant ce biopic file comme un éclair. Le réalisateur nous conte ici la vie et l'ascension fulgurante de l'ex-champion du monde d'échecs Bobby Fischer et particulièrement du combat titanesque de 1972 contre son opposant soviétique Boris Spassky.

Dès les premiers instants, la virtuosité cinématographique se déploie et conjugue tout ce que la réalisateur a de technicité dans un montage rapide et elliptique en alternant noir et blanc, images d'archives saturées, flashs back et images subjectives pour donner vie à cette aventure d'un homme pris en tenaille entre son destin et les aspirations d'un gouvernement américain en pleine Guerre froide ou guerre de perception comme le souligne le personnage de Paul Marshall.

Le film traite bien moins de la folie du personnage que de la malédiction d'avoir un don, une passion, une ambition et une vision à accomplir. La mégalomanie étant de toute évidence quelque chose d'inhérent au génie, ce qui justifie d'ailleurs une comparaison à Mozart. Cette oeuvre fait preuve d'une intensité insoupçonnée dans son traitement de séquences où deux hommes sont assis face à face et réfléchissent. La définition même des échecs pour les personnes ignorant tout de ce jeu. Si c'est votre cas ne vous en faites pas, nul besoin d'avoir des bases pour suivre et ressentir la tension de chaque match car il est impossible de retracer exactement les parties jouées. Sans doute un choix de réalisation inspiré que celui d'éloigner le spectateur de la logique afin qu'il se concentre uniquement sur les personnages et leurs émotions.

J'attirerais d'ailleurs l'attention sur une scène particulièrement intéressante où après de nombreuses crises de paranoïa de Bobby Fischer, on nous montre enfin le contre-champs sur Boris Spassky qui vit exactement le même type d'obsession pour la victoire en essayant de lire son adversaire et sa hantise de n'être jamais complètement seul. Deux frères ennemis qui s'affrontent avec crainte et respect, dans une discipline anodine, mais dont les implications les dépassent totalement. Deux pions dans une guerre qui n'a aucune importance à leurs yeux. Ce qui compte c'est le jeu, et pour ce qui est du jeu on est en présence de deux acteurs au sommet de leur art en la personne de l'excellent Liev Schreiber et du flamboyant Tobey Maguire, qui mériterait bien plus d'attention de la part d'Hollywood. Surtout après un film comme celui-ci.
Auteur :Chris Carlin
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