22 juillet 2019
Critiques

Le Roi Arthur: La Légende d’Excalibur : Guy en mode über Ritchie

“L'intention initiale de Guy dans "Le Roi Arthur : La Légende d'Excalibur" était d'en faire quelque chose qui soit hors de sa zone de confort, de bâtir une histoire plus classique, plus directe et plus sombre aussi, ce qui n'est manifestement pas ce à quoi nous sommes arrivés.... Arthur et ses potes, le ton de leurs échanges ressemble davantage à ce que Guy est dans la vie. Nous faisons juste nos meilleures imitations de Guy Ritchie."

L'acteur Charlie Hunnam n'aurait pu mieux résumer les choses sans nous ôter les mots de la bouche : "Le Roi Arthur : La Légende d'Excalibur" est un film de Guy Ritchie. Pour parler sans euphémisme, chaque millième de seconde de la première à la dernière minute éructe l'ADN de l'anglais, jusqu'à en arroser le spectateur à jet continu.

Si on est traditionnellement enclin à penser qu'un réalisateur cherche avant tout à s'adapter à son sujet (ce qui à en croire Hunnam fut la volonté de départ de Ritchie) c'est clairement l'inverse qui s'est produit ici.

On se retrouve même face à un cas d'école, tant le réalisateur s'assoit sur la substantifique moelle des éléments fondateurs d'un mythe à l'impact intemporel, sans autres contrepartie que le passage des marqueurs de son cinéma au rouge incandescent.

Le geste pourrait facilement pour de l'arrogance crasse, mais dans le cas de Ritchie la vérité est plus simple : il n'a jamais su faire autrement. 

Les "Sherlock Holmes" et "Des Agents Très Spéciaux" l'ont prouvé : s'il pisse sur les matériaux qu'il adapte pour marquer son territoire, c'est qu'il ne sait pas les adapter. C'est-à-dire qu'il ne trouve jamais dans sa mise en scène les outils pour exprimer une vision du sujet, mais trouve dans son sujet le prétexte pour régurgiter l'inénarrable Ritchie's touch (quitte à passer en force).

Contrairement à un Peter Jackson ou un Sam Raimi qui ont profité de leur passage au blockbuster pour confronter avec succès leur cinéma à la « grande forme », Guy Ritchie n'a jamais et ne franchira probablement jamais cette étape. Epurer le style d'un réalisateur de ses effets de style, c'est se retrouver devant la sève, le point de vue qui articule le tout. Le cœur en somme. 

Appliquer ce même principe à l'auteur de "Snatch", c'est prendre le risque de se retrouver avec pas grand-chose à l'arrivée (comme l'a révélé avec fracas cette baudruche de prétentions mal placées qu'est Revolver).

A cet égard, "Le Roi Arthur : La Légende d'Excalibur" a des allures de fuite en avant vertigineuse, de gigantesque déni budgété à 175 millions, où Ritchie ferait tout pour ne pas avoir à penser comme un réalisateur normal afin de ne pas se confronter à l'insupportable vérité. 

Dans "Le Roi Arthur : La Légende d'Excalibur", les héros parlent l'argot cockney et font la course aux bons-mots, Fesses d'huitres et Graisse d'oie ont remplacé les chevaliers de la table-ronde, le héros est un chef de bande souteneur qui pratique le kung-fu…

Aucun doute : on est en bien chez le réalisateur d'"Arnaque, Crimes et Botanique", qui veille à faire en sorte que l'on ne se trompe pas un seul instant sur la marchandise. Pourtant si cet habillage ne faisait que payer sa dime à l'air du temps, on n'en tiendrait guère rigueur au réalisateur.

D'autant que certaines idées ne manquent pas d'attrait, à commencer par le lifting opéré sur le personnage principal, qui bénéficie du charisme insolent (voir carrément injuste pour le reste du genre masculin) d'un Hunnam en mode full Jax Teller ("Sons of Anarchy" forever).  

Dès lors, le problème ne vient pas tant de la volonté de Ritchie de s'approprier le matériau d'origine que de le faire sans jamais tenir compte des besoins de son histoire. Le film balaye ainsi carrément toutes les étapes de la légende, quand il ne sabote pas honteusement ses passages les plus emblématiques (la levée d'Excalibur, juste là pour placer le caméo de David Beckam).

Pire : bien décidé à faire passer Timur Bekmambetov pour Richard Attenborough, Ritchie régurgite tout ce que son cinéma peut compter d'effets de style roublards et de gimmicks périssables dans deux ans. Peut-être le premier film à être raconté quasi-intégralement en flash-back ou flash-forward, le film fuit comme la peste tout commencement de continuité scénique.

Et quand, malgré tout, il décide de s'y confronter (voir la poursuite dans les rues de Londonium), c'est forcément pour rappeler l'incapacité de Ritchie à découper une scène d'action correctement. 

Définitivement plus à l'aise pour s'amuser avec son spectateur plutôt que pour raconter son histoire, le réalisateur ne lâche pas le moindre gramme de lest à la légende.  

Mais ce qui pouvait s'avérer rigolo dans un "Snatch" se révèle totalement à côté de la plaque dans le cas présent. Incapable d'évoluer, les personnages passent leur temps à faire du surplace dans le dispositif de Ritchie, quand ce n'est pas l'univers mis en place qui se révèle aussi incohérent qu'incompréhensible.

Au-delà de la catastrophe industrielle qu'il représente, "Le Roi Arthur : La Légende d'Excalibur" présente ainsi cette particularité qu'il ne semble s'adresser qu'à une seule personne (son réalisateur) sur un matériau qui parle à l'inconscient collectif depuis des lustres.

Une crise d'égo emmurée dans ses chimères pour adapter un mythe universel : le ratage à beau coûter une blinde, il en deviendrait presque fascinant.
Auteur :Guillaume Méral
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