19 novembre 2019
Archives Critiques

Le Roi Arthur : Trop d’erreurs historiques !

"Arthur" : la vérité historique ?

Le contexte

La période en question, le IV siècle après J.C, ("Les âges sombres") est mal connue (a fiortiori du grand public). Historiquement, c'est le début de la fin pour l'empire romain qui n'arrive plus à contenir les "Barbares" de l'est : au nord les peuples germaniques et au sud les Parthes (région de l'actuelle Iran / Irak). Donc le repli stratégique de Rome est tout à fait plausible dans les régions septentrionales (Bretagne par exemple). La situation de cette province  est également bien rendue : le mur d'Hadrien est la frontière de l'empire et sépare la Bretagne en deux : au nord les Pictes (les Ecossais actuels), au sud les Bretons (dominés par les Romains). Ce mur est d'ailleurs un mystère : pourquoi le construire ? Les Pictes n'ont en effet jamais constitué une menace sérieuse pour Rome...  

 
Les personnages principaux

Arthur, Merlin et Guenièvre ont-ils existé ? Difficile de l'affirmer ! Même si on a retrouvé les traces d'un certain Artorius : est-ce bien le roi de la légende ? Mais comme les légendes s'appuient toujours sur des faits historiques ("il n'y a pas de fumée sans feu"), on peut raisonnablement penser qu'ils ont existé. D'autant qu'à cette époque les druides, chefs de guerre et autres princesses ne manquaient pas...  

 
Les peuples

• Les Pictes se battaient effectivement nus et peints en bleu (mais pas les Bretons !).

• Les mystérieux chevaliers sarmates à l'est de l'empire ont-ils existé ? Oui et ces farouches cavaliers (mot qui a donné chevalier) subirent effectivement le joug romain. Ils utilisaient bien une grande épée incurvée. Les meilleurs furent probablement enrôlés comme auxiliaires (les Romains n'avaient ni cavaliers ni archers). Vraisemblablement pour quinze ans ou plus (durée minimale d'un engagement dans l'armée romaine).

• Les Saxons (futurs Vikings), sont parfaitement réalistes : armes, tactiques de combat, et chant de guerre (pour se donner du courage).

• Les Romains sont aussi bien décrits : uniforme, armement, etc... Petit détail : leurs bouclier ovales et rouges avec le symbole du Christ : X (= Ch)  et P (= r) sont  parfaits. Tout est donc vrai concernant les peuples du film ? Malheureusement, non ! Tout d'abord, il y a la servitude imposée aux Sarmates : oui les Romains enrôlaient les meilleures unités des vaincus dans leurs rang mais l'enrôlement n'était pas systématique (tous les hommes) et ne concernait pas les jeunes (pas opérationnels).

• Les Sarmates ont conservé intégralement leurs "uniformes", ce qui est contraire à l'usage dans l'armée romaine : tous les auxiliaires mélangeaient leurs armes et uniformes d'origine avec ceux des Romains.

• Les Romains portent, dans le film, leurs boucliers à droite (comme des gauchers !), ce qui n'a jamais existé, ni à Rome ni ailleurs...

• Les machines de jet utilisées par les Bretons / Pictes étaient utilisées ...au Moyen-Age, quelques siècles plus tard.

• Mais l'erreur la plus étonnante concerne Arthur lui-même : il est vêtu comme un général (romain) alors qu'il ne commande qu'une poignée d'auxiliaires étrangers ! Or l'armée romaine était extrêmement hiérarchisée et les grades invariables : le Décurion (10 soldats), le Centurion (100), le Tribun (1000), et le "Général" au moins 10 000 hommes ! Et ce qui parait improbable, c'est qu'il commande des Sarmates alors qu'il est romain / breton...  

 
Le scénario

C'est le maillon faible, historiquement : de nombreux points sont improbables :

• la déportation des auxiliaires à l'autre bout de l'empire !

• le faible effectif des chevaliers sarmates (= faible budget du film ?).

• le pouvoir quasi militaire de l'évêque (il remplace quasiment le Commandant du fort ).

• la coïncidence de l'invasion des Saxons et du départ des Romains : comment Rome pouvait la connaître en temps réel (et sans téléphone) alors que les Bretons l'ignorent !

• l'alliance des Pictes et des Bretons (alliés aux Romains par la force des chose).

Mais ce n'est pas tout  : certains points sont totalement incompréhensibles :

• D'où sortent les armures des Sarmates (adultes), partis 15 ans plus tôt (adolescents) ?

• Où est caché  le Commandant du Fort romain ... Il est invisible dans le film !

• Lors de la dernière bataille, les portes du fort s'ouvrent et se ferment à volonté sans qu'on voit personne les manoeuvrer (les Romains sont partis).

• Où les Pictes ont-ils appris à fabriquer et manoeuvrer les machines de jet (qui sont d'ailleurs des machines de siège, donc inutiles aux Romains).

• Les Bretons : qui sont-ils et où sont-ils ? Merlin semble être le druide des Pictes !

• Guenièvre semble être une Bretonne, mais elle se bat avec et comme les Pictes (nue...).

Là réside le point faible du film : les Bretons et les Pictes semblent ne faire qu'un seul peuple, ce qui est contraire à l'histoire (le problème de l'Irlande du nord le rappelle brutalement, car ce territoire a été conquis et colonisé par ... des Ecossais !).

Le réalisateur plie l'histoire à son scénario sans tenir compte des faits : les Romains ne sont pas "rentrés chez eux" pour protéger leur frontière est, tout simplement parce qu'à cette époque, il n'y avait quasiment plus de "Romains" dans les armées bretonnes, gauloises et autres. A force d'incorporer des auxiliaires locaux dans ses armées, Rome en perdit progressivement le contrôle, et les provinces firent "sécession" une à une. Et ceci d'autant plus que ces armées avaient des chefs locaux, auxquels elles obéissaient aveuglément. Et ce phénomène avait commencé bien avant : Ainsi, Constantin (celui qui imposa le christianisme), avant d'être empereur fut le général de l'armée gallo-romaine. Le réalisateur ne peut pas nous montrer les "Bretons" (pas plus que des "Gaulois"), parce qu'à cette époque il n'y en avait plus...

 
Conclusion

On l'aura compris : il s'agissait ici seulement d'éclairer ce film à la lumières des connaissances historiques. Que constate-t-on ? Un souci manifeste de reconstitution, en particuliers des détails (comme dans Troie, d'ailleurs). Mais le scénario est tout simplement rocambolesque, et cette histoire n'a jamais eu lieu... Or cette faiblesse est aussi celle de "Gladiator", qui a relancé le genre et constitue désormais la référence (le modèle ?).

Après la vague naïve de Cinecitta et le peplum manichéen et à grand spectacle d'Hollywood, le genre est entré dans une troisième phase plus réaliste (grâce aux effets spéciaux  et ... au déclin du christianisme). Mais les réalisateurs semblent oublier que c'est surtout la crédibilité du scénario qui nous fait adhérer à l'histoire et "entrer" dans le film...

Espérons que les prochains péplums ("Alexandre le grand" puis "Hannibal") respecteront enfin cette exigence de qualité d'écriture ! Réponse dans quelques mois... 
Auteur :Patrice Ras
Tous nos contenus sur "Le Roi Arthur" Toutes les critiques de "Patrice Ras"

ça peut vous interesser

Gemini Man : Mr. & Mr. Smith

Rédaction

Will Smith revient avec Gemini Man

Rédaction

Colette : Un portrait sans éclat

Rédaction