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Le Roi danse : et nous aussi

Ni film d'histoire, ni film d'artiste, il faut plutôt rechercher l'originalité de "Le Roi danse" dans la mise en parallèle des destins de trois hommes d'ordinaire approchés séparément par l'histoire : Molière, Lully et Louis XIV. De ce trio d'hommes qui, chacun dans son domaine, va marquer l'histoire de France, on apprend beaucoup.

Gérard Corbiau, réalisateur du "Maître de musique" et de "Farinelli", n'hésite pas à accorder autant d'attention à l'univers artistique qu'à l'univers historique et politique remettant ainsi dans leurs contextes des oeuvres de premier ordre commme le Tartuffe et Le Bourgeois Gentilhomme de Molière ou le Ballet de la Nuit et l'Alceste de Lully.

Cela étant, est c'est le cas avec "Le Roi danse", tout en évitant, par la même occasion, de donner naissance à un film historique qui aurait pu se révéler aussi guindé qu'ennuyeux. Le réalisateur nous présente ces personnages comme de simples hommes avec leurs rêves, leurs espérances et leurs faiblesses, à la fois forts et fragiles.

La minutie de la reconstitution, éblouissante, ne contrarie en rien la précision du récit. On découvre un Louis XIV artiste, qui a su s'entourer d'une cour d'artistes talentueux et leur insuffler une force créatrice commune, un roi sans lequel la France n'aurait peut-être pas rayonné aussi fortement. Lully devient au fur et à mesure le responsable de la "communication" et de la publicité du roi allant même jusqu'à évincer son ami Molière et ses mots au profit de la seule musique (somptueuse scène de la mort de l'acteur-écrivain au cours de laquelle les dialogues sont peu à peu supplantés par l'insistance de la musique).

Derrière l'évolution artistique se dessine la grande histoire, évoquée par petites touches et toujours présente en toile de fond, l'art devenant un moyen, dans l'optique de Gérard Corbiau, un moyen de réagir aux évènements de l'époque. Outre l'indéniable réussite artistique qu'il constitue, "Le Roi danse" réhabilite également la place de l'art dans l'histoire de l'époque et donne une profondeur bienvenue aux images réductrices que l'histoire a pu garder des ces trois hommes.

Tout ceci est, bien sûr, rendu possible grâce à l'engagement des trois interprètes principaux : Benoît Magimel étonnant en Louis XIV danseur, Tchéky Karyo très bon en Molière sobre et magnifique et Boris Terral qui confère à Lully une impressionnante rage tant extérieure qu'intérieure.

Un film qu'on conseillera autant aux cinéphiles qu'aux mélomanes ou à ceux qui voudraient parfaire leurs connaissances artistiques et historiques.

Auteur :Guillaume Branquart

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