6 décembre 2019
Critiques

Le Roi Lion : Le cercle du vide

Critique du film Le Roi Lion

par Rayane Mezioud


L’année 2019, c’est l’année du Réplicant et peut-être que "Le Roi Lion" selon Jon Favreau veut ainsi rendre un hommage à sa façon à "Blade Runner" en plus de marquer le coup d’un vingt-cinquième anniversaire qui se serait bien passé d’une telle célébration. Le déjà éprouvant "Aladdin" de Guy Ritchie réussissait déjà l’exploit de soumettre aux besoins entrepreneuriaux la personnalité frappadingue du réalisateur de l’inénarrable "Le Roi Arthur : La Légende D’Excalibur" mais avait au moins le mérite d’essayer par moments d’enrichir son support de travail. Là, rarement la nostalgie a été à ce point garante du cynisme.


Nonfilm

Le travail de moine copiste entrepris par Jon Favreau et le scénariste Jeff Nathanson pour "Le Roi Lion" tiendrait presque de la performance expérimentale tant l’entreprise globale semble soumise à un objectif d’exhumation bien vain puisqu’on parle d’une œuvre encore plus vivante que bien des superproductions animées plus récentes. "Le Roi Lion" a pris vingt-cinq ans et autant de minutes au passage mais bien malin(e) celui (ou celle) qui saura trouver où est-ce que la crème a été diluée pour l’allonger. Le récit matriciel voyait déjà sa portée épique être bridée par sa très courte durée (on va encore se faire des amis …) mais cet allongement en diminue le souffle qui restait palpable à intervalles réguliers puisqu’il n’est que brassage d’air.

La restauration de patrimoine plonge encore plus profondément dans les eaux de l’arnaque teintée d’amateurisme quand la mise en scène s’en mêle. Lorsque Jon Favreau obtient l’autorisation de s’émanciper du storyboard de Roger Allers et Rob Minkoff, chaque variation formelle ne fait qu’accroître le fossé qui sépare le modèle et le décalque. Le spectateur un peu regardant aura du mal à laisser son Ca nostalgique se faire duper aussi facilement lorsqu’il verra la puissance d’une scène incontournable aspirée par une coupe, un angle de caméra, une échelle de plan ou un raccord témoignant d’une incapacité à faire de la forme un interlocuteur à la mesure de la puissance du fond. Arthritique, la caméra crache ses poumons à chaque travelling de plus de cinquante centimètres.


Vallée dégradante

La mise en scène pantouflarde est au diapason d’un accomplissement technique totalement contreproductif dans le sens où le photoréalisme loué par tout le monde dès les premières images officielles fonctionne dès les premières secondes à rebours du drame shakespearien qui se joue. A chaque fois qu’il fait dialoguer ses animaux morts-vivants, "Le Roi Lion" s’embarque pour un grand voyage dans les contrées de l’embarras alors qu’il semble à deux doigts de basculer dans l’adaptation cinématographique de "La Vie Privée Des Animaux" de Patrick Bouchitey. En plus de créer une dichotomie presque perturbante avec une distribution vocale qui met du cœur à l’ouvrage, l’inexpressivité des animaux annihile toute suspension d’incrédulité dès que le récit devient un peu émotionnellement intense.

Puisqu’il faut tout refaire à l’identique, la grandiloquence et la fébrilité du modèle n’ont jamais été réajustées pour se mêler harmonieusement à une forme plus terre-à-terre. La rencontre entre Hans Zimmer et un matou empaillé, c’est un spectacle qui a au moins le mérite de marquer les esprits à sa façon… Quitte à parler musique, signalons que les scènes chantées portent au pinacle la déconnexion entre les impératifs cinématographiques et l’objectif d’obtenir avec des pixels le poil de truffe le plus réaliste possible. Avec le concours d’une mise en scène pépère, chaque clip rivalise d’incompétence mais la palme du ridicule revient à la pauvre « Soyez Prêtes ! » qui se retrouve illustrée par la balade digestive de Scar.


De Nala à Nada

Peut-être pété de trouille en raison de l’héritage qu’il a à perpétuer, "Le Roi Lion" se tire une balle dans la patte à chaque fois qu’il tente bêtement de recopier une proposition dont il n’a pas compris la sève. Même sa prodigieuse maitrise de la taxidermie se heurte avec violence aux besoins inassouvis de son récit et de son médium. Quand la technologie censée ouvrir le champ de tous les possibles cloue l’imaginaire sur le plancher des vaches, c’est moche…


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