Critiques

Le Roi Lion : Un sacrifice sur l’autel du réalisme

Critique du film Le Roi Lion

par François Bour

Les adaptations « live » des grands classiques de la firme aux grandes oreilles s'enchaînent. Plus de vingt de ces classiques sont dans le calendrier de Disney. Après Le Livre de la Jungle ou plus récemment Dumbo et avant Blanche Neige, Simba, Nala Mufasa, Scar et les autres reviennent plus vrai que nature.

25 ans après le film d’animation original, Disney propose donc une nouvelle version de l’un de ses grands classiques : Le Roi Lion. Une version 2019 qui respecte presque plan par plan le film de Roger Allers et Rob Minkoff. Il n’est donc pas nécessaire de revenir sur les qualités du scénario, l’histoire est exactement la même.

Celles et ceux qui connaissent le film de 1994 n’y verront qu’une seule nouveauté de taille : le film de leur enfance est entièrement réalisé en images de synthèse. Une réussite technologique qui est visuellement impressionnante tant les animaux semblent bien réels.

Qui plus est, la réalisation de Jon Favreau a le mérite de faire vivre ses animaux plus vrai que nature dans des scènes de fiction, comprenez que même en images de synthèse, Le Roi Lion ne devient pas un documentaire animalier et reste aussi vivant que l’original... à un détail près.

C’est beau, c’est même très beau. Les animaux sont criant de réalisme. Ce qui est la belle réussite du film en est pourtant son plus gros défaut. Et cela en toute logique. Tout d’abord, il faut bien reconnaître qu’il est difficile de différencier deux lionceaux, dieux lionnes, deux hyènes côte à côte. La nature est ainsi faite que deux individus de la même espèce se ressemblent beaucoup.

Là où le film d’animation permettait de donner des spécificités physiques à chaque personnage, le live ne le fait que pour de rares personnages comme Scar. L’oncle malfaisant est sans doute le seul personnage dont la personnalité est aussi fidèle à l’original. Et c’est justement là que réside le problème du film de Jon Favreau.

Le choix du réalisme, par cette version « live », a privé Disney d’un élément essentiel à la réussite du film : L’expressivité des personnages et de fait, l’essor de leur personnalité unique. Alors que le dessin animé mettait en scène des animaux clairement humanisés dans leurs traits et leurs mimiques, le photo-réalisme de cette version live jette en pâture l'expressivité presque "cartoonesque" de la version originale.

La meilleure illustration de cette différence avec la version originale se trouve avec les personnages de Timon et Pumba. Le célèbre phacochère à la couleur spécifique et aux grands yeux dans l’animation est un animal aux petits yeux noirs complètement inexpressif dans le live. De même que lorsque Mufasa meurt, la tristesse de Simba peut facilement se voir dans l’animation alors que le regard du lionceau reste tristement figé en image de synthèse.

Avec des personnages qui manquent de personnalité, malgré des doublages réussis, et des gueules trop souvent inexpressives, les émotions originelles ne survivent pas à la transposition live. Un parti pris assumé par le studio américain qui mise tout sur le photo-réalisme. Sauf que ce dernier n'est pas compatible avec les séquences musicales.

Si la bande originale est toujours aussi efficace, pour ne pas dire magistrale, l’interprétation des personnages est presque inexistante. Par défaut, tout ne réside, en réalité, que dans les mouvements. C’est trop peu pour correspondre aux chansons de chaque séquence.

Le Roi Lion est donc la preuve que la technologie des images de synthèses, aussi réussite soit elle, ne rend pas toujours service aux films qu'elle honore. Et alors que de nombreux enfants vont investir les salles obscures pour un effet "wahou" garanti, la réelle magie du Roi Lion se vit, encore aujourd’hui, dans le canapé face à la télévision.

Tous nos contenus sur "Le Roi Lion"
Toutes les critiques de "François Bour"

ça peut vous interesser

Je promets d’être sage : Une drôle de promesse

Rédaction

Concours Bluray : Cendrillon de Kenneth Branagh

Rédaction

Comme des bêtes 2 : la critique du film

Rédaction