13 novembre 2019
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Le Seigneur des Anneaux : La Communauté de l’Anneau : Big Business

En 1977, Georges Lucas réalise avec "Star Wars" le premier film du cinéma post-moderne (dans le sens où l'entend Laurent Jullier dans son ouvrage L'écran post-moderne, un cinéma de l'allusion et du feu d'artifice, coll. Champs visuels, L'Harmattan, 1997).

Tout le charme qui émane aujourd'hui de ce chef-d'œuvre vient de l'habilité du récit (plus subtil que manichéen), de la simplicité et l'économie des effets spéciaux (qui ne sont jamais là pour compenser des trous scénaristiques) et surtout de ce plaisir ludique de mélanger différents genres.

Bref, de faire comme on le dit vulgairement « du neuf avec du vieux » en synthétisant les récits de la table ronde, les films de cape et d'épée, le western, créant ainsi un genre nouveau qui est le plus-un de tous les autres (c'est ce procédé qui caractérise ce cinéma post-moderne né aux U.S.A grâce à Lucas donc, et Coppola, Scorsese, De Palma…).

Si "Star Wars" a pris une dimension monumentale avec les années, on peut se demander ce qui restera du film "Le Seigneur des Anneaux : La Communauté de l'Anneau" dans 10 ou 20 ans ?

Si j'évoque avec plaisir "Star Wars", c'est qu'on ne cesse d'y penser durant les trois (longues) heures de projection « du film-évènement-de-cette-fin-d'année ». Si le schéma est à peu près identique, le traitement est totalement différent et toutes les qualités mentionnées plus haut sont cruellement absentes du "Seigneur des Anneaux : La Communauté de l'Anneau".

Un jeune garçon, Frodon (le Luke Skywalker de Lucas) doit quitter son univers familial pour accomplir une dangereuse mission que lui confie Gandalf, une sorte de Merlin (ou d'Obi Wan Kenobi): détruire un anneau symbole des forces du mal (l'étoile de la mort de Dark Vador).

Durant ce voyage en forme de quête initiatique où il va appendre à devenir un homme, il est accompagné de quelques chevaliers prêts à mourir pour lui dont Aragorn (Han Solo ou son Wookie ?) et de trois de ces camarades Hobbits (qui remplacent les droïdes et sont là pour apporter la touche d'humour dans un film qui en manque cruellement).

La désagréable impression de déjà-vu qui saisi le spectateur durant la projection vient cette inévitable comparaison avec "Star Wars" qui réduit ce film-événement à un film de plus, broyé sous la technologie et le déluge d'effets-spéciaux. Un film sans âme, sans vie dont la simplicité psychologique et narrative fait passer le film de Lucas pour une œuvre d'art d'avant-garde.

De peur que le public (le plus jeune et donc le plus nombreux, souci de rentabilité oblige !) se noie dans ce long récit, Peter Jackson réalise le film le plus lisible possible. Il montre tout, explique tout à outrance : les méchants sont de vrais méchants (qui ne font pas peur bien sûr, vu qu'ils nous sont montrés sous toutes les coutures) et les gentils ont de vraies faces d'ange (les discours solennels des compagnons de route de Frodon font là aussi plutôt rire tellement leur sérieux paraît absurde).

Bien sûr, cela est propre au conte d'user du manichéisme mais, là où Lucas se montrait plus nuancé, Peter Jackson se noie dans un schématisme grossier et ridicule. Tout sonne faux, ce monde de toc inventé par ordinateur ne laisse jamais passer le souffle de l'épique, de l'épopée grandiose. Pas l'ombre d'une surprise, d'un rebondissement imprévu.

Le film est lancé sur des rails fixes et ne s'écarte jamais du déjà vu. Les scènes d'action (fort nombreuses) au lieu d'apporter du rythme à ce film plombé sont réalisées avec une totale absence d'inventivité (un plan à la seconde et le spectateur ne sait plus qui donne les coups et qui les prend).

Quant aux elfes, présentes pour apporter la touche féminine, elles ressemblent tellement à des mannequins dans une publicité pour du gel douche ou du shampoing qu'on se pince pour ne pas rire tout en éprouvant un peu de peine pour Liv Tyler et Cate Blanchett, belles comédiennes qui, durant le tournage, ont dû se rendre compte que la gente féminine n'avait vraiment rien à faire dans ce genre de production.

Malgré tous les superlatifs dont il est nanti, que restera-t-il de ce film dans une dizaine ou une vingtaine d'années ? Pourquoi Peter Jackson, qui avait réalisé l'excellent "Créatures Célestes", a-t-il réalisé un film aussi pépère où il ne prend pas l'ombre d'un risque, assurant en bon artisan un ouvrage un peu dépassé ?

Je n'ai pas lu l'œuvre de Tolkien, et si le film a pour ambition de donner aux spectateurs novices que je suis l'envie de le lire, l'entreprise est ratée.

Si, toutefois, sa démarche est tout autre et vise les hauteurs du box-office, mission accomplie. "Le Seigneur des Anneaux : La Communauté de l'Anneau" est une excellente affaire financière où le cinéma n'est pas le grand vainqueur, loin de là.

Auteur :Christophe Roussel

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