28 février 2020
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Le Seigneur des Anneaux : Le Retour du Roi : Critique n° 1

Voici venue la fin de la trilogie de Peter Jackson, qui semble avoir le même impact (sur les spectateurs plus que sur les lecteurs assidus de Tolkien) que la trilogie originelle de Star Wars en son temps. Il faut dire que le projet de Tolkien fut à la littérature (au sens noble de ce mot) ce que fut celui de Lucas au cinéma d'entertainment (au sens littéral du terme) : créer de toute pièce une mythologie. Bien sûr l'œuvre de Tolkien est bien plus riche, dense, complexe que la saga née de l'imagination de Lucas. Ce serait injustice, voire hérésie, de ne pas le souligner, Tolkien ayant passé 15 années de sa vie à élaborer l'univers de la Terre du Milieu. 

Ne revenons donc pas ici sur une analyse de l'histoire elle-même, ceux qui veulent s'y adonner préfèreront l'œuvre écrite aux images numériques de Jackson, de toute façon. Cependant l'intérêt est de voir, avec ce dernier volet, si la trilogie de Tolkien a réussi, par le biais de Jackson, son transfert de la littérature à l'entertainment. Il est vrai que l'on se prend parfois, face au déluge d'effets spéciaux et de scènes de batailles interminables, à rêver à un « Seigneur des Anneaux » vu sous un autre angle. Jackson a peut-être trop privilégié, au fil des trois volets, une vision simplifiée de la mythologie tolkinienne, et surtout, les combats aux dépens de la dimension de quête intérieure et de peinture complexe des sentiments humains, bien présents dans l'œuvre originale. On imagine ce qu'aurait été cette quête si les batailles n'avaient été qu'évoquées, parfois, quelle dimension elle aurait pu prendre alors…

Toutefois, si l'on oublie un peu le texte pour envisager le Seigneur des Anneaux uniquement comme une saga cinématographique, alors oui, admettons que ce troisième volet clôt la trilogie de façon enthousiasmante. Les monomaniaques habituels du jeu de rôles en parlerons de longues soirées autour d'un lait fraise avant de se coiffer de leurs heaumes en plastique, certes, mais les spectateurs moins « aficionados » y trouveront également le plaisir d'un bon film d'aventures non dénué, comme Star Wars, de côtés attachants à défaut d'êtres réellement profonds. 

Enfin, on notera aussi que l'ère du numérique, non dénuée d'intérêt, loin de là, surtout quand elle permet à des univers imaginaires complexes de prendre vie sur l'écran, n'est pas exempte de « ratées ». Le spectateur vigilant se rendra vite compte à quel point l'effet spécial numérique est l'équivalent moderne du tournage d'extérieur en studio du cinéma du siècle dernier : aussi réaliste et vraisemblable veuille-t-il paraître, il n'en parvient pas pour autant à faire oublier qu'il n'est qu'artifice, à susciter l'illusion parfaite. De plus, le traitement numérique de l'image marque le retour du faux-raccord accidentel chez des cinéastes que l'on sait pourtant confirmés. Ainsi, de nombreux plans trahissent des incohérences imprévues, au niveau de l'éclairage, de la distance dans l'espace entre les personnages, de leur taille (les hobbits semblent tantôt très petits, tantôt de taille presque normale par rapport aux mêmes personnages), etc…

Bref, si le numérique a permis à Peter Jackson de mettre enfin en images un univers complexe (avec l'aide des illustrateurs originaux de Tolkien, ce qui est à porter à son crédit), il n'est pas certain qu'il épargne à son film de mal vieillir. A apprécier tout de suite, donc, avant les prochaines innovations technologiques…

Auteur :Benjamin Thomas
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