22 septembre 2019
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Le Sourire de Mona Lisa : La critique du film

"Le sourire de Mona Lisa" cache bien des mystères et déchaîna même les passions d'esthètes au fil des siècles, qui y virent toutes sortes de significations. Mike Newell a choisi d'en faire le rictus figé d'une femme, dissimulant derrière un sourire factice toute la douleur d'une condition de soumission au patriarcat.

Son héroïne, jouée par Julia Roberts, toujours aussi parfaite, brillante professeur d'Histoire de l'art, intègre l'équipe d'un campus universitaire exclusivement féminin et cultivant l'excellence, Wellesley. Elle a bien une idée derrière la tête, Kathy, en prenant ce poste.

C'est une idéaliste, convaincue de la nécessité d'ouvrir les yeux et les esprits quant à la position des femmes, encore cantonnées au rôle d'épouses lisses et soumises, dans cette Amérique des années 50, pétrie de morale et tant attachée aux apparences et à la bienséance.

Elle a bien l'intention de semer dans l'esprit de ses élèves les graines du progrès. Plus encore lorsqu'elle se rend compte que l'université n'est qu'un endroit que fréquentent les jeunes filles de bonne famille en attendant de se marier, et bien docilement fonder un foyer.

À une époque où les femmes sont loin d'être encore les égales des hommes, y compris dans les pays occidentaux industrialisés, le propos de Newell est plus que salutaire.

"Le sourire de Mona Lisa" a le mérite de montrer, à travers le personnage de Kirsten Dunst, et surtout de sa mère, que la domination patriarcale des femmes ne fonctionne pas depuis des siècles uniquement sur la base de rapports de force.

Mais aussi, parce qu'insidieusement, à coups de traditions, de religion (la séquence d'ouverture, hallucinante, donne à l'ouverture de l'année scolaire, les allures de cérémonie religieuse) les femmes ont intégré totalement le schéma de domination. On les a culturellement programmées à l'accepter.

Dans ce contexte, le combat de la jeune et brillante professeur prend d'autant plus les atours d'une trajectoire sysiphienne. On ressent évidemment l'affiliation du film à de grands succès tels que "Le Cercle des Poètes Disparus", dans sa volonté de bousculer un monde figé.

Le problème, qui était bien prévisible, c'est que, comme "Le Cercle des Poètes Disparus", "Le Sourire de Mona Lisa" est une grosse production, qui reste consensuelle, qui doit plaire au plus grand nombre sans trop malmener les idées reçues. Newell a donc bien dû mettre un peu d'eau dans son vin.

Ce qui aurait pu être un grand film féministe, au sens noble du terme, tel le splendide "Magdalene Sisters" de Peter Mullan, mais sous un autre angle d'attaque, s'en trouve un peu émoussé, au détour de quelques scènes.

Ainsi, le choix d'une élève de rester femme au foyer, et qui assure que c'est un choix délibéré (ce que le film ne contredit pas), même s'il aurait pu nuancer le propos et le rendre plus riche encore, intervient à un moment où, bizarrement, et de façon un peu artificielle, le film isole le personnage de Julia Roberts.

Dans cette perspective, on peut avoir l'impression que le film, qui a pourtant passé 1h30 à nous convaincre de la justesse du combat de son héroïne, se dégonfle un peu. Alors Kathy semble se retrouver seule à cause de ses idéaux, tout comme deux de ses élèves qui choisissent la liberté, et le film, à la fin, sous-entend qu'émancipation rime obligatoirement avec marginalisation.

Mais un tel bémol n'est pas étonnant dans un film hollywoodien. On est en effet habitués désormais aux happy ends et autres fins consensuelles et commercialement viables.

Toutefois, on ne dira jamais assez combien les meilleurs films américains sont ceux qui, bien souvent à leur insu, développent une ambiguïté fascinante.

Et là où Newell étonne, et sauve son film sans doute, c'est que sitôt cette fin "rassurante" terminée, le générique fait défiler ironiquement de vieilles publicités des 50's vantant les joies de la vie de femme au foyer et d'épouse vertueuse, imagerie populaire qui participa à la fondation du mythe, ou plutôt du carcan. 

Auteur :Benjamin Thomas
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