25 juillet 2021
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Le Stade de Wimbledon : Critique n° 2

C'est une étrange quête, le récit intérieur d'une jeune femme partie en Italie à Trieste sur la trace d'un homme, grand ami des écrivains, qui n'a pourtant jamais écrit. De librairies en maisons de retraite, on assiste à son lent défrichement. Des promenades dans Trieste, marches lentes ou rapides, de saison en saison. De cette quête va naître une idée : pourquoi n'écrirait-elle pas à son tour l'histoire de cet homme ? Elle glane les renseignements, marche mais parle peu. Derrière cette quête, une autre se dessine : celle de sa construction personnelle, de son évolution. Sur les traces d'un non-écrivain, cette femme devient quelqu'un à son tour.

Mathieu Amalric, acteur un peu partout et réalisateur de Mange ta soupe, adapte un roman de Daniel Gel Giudice, déjà elliptique pour en faire une film lent et très intérieur, parfois trop. Intellectualisant parfois trop son sujet, Mathieu Amalric signe un film très posé, empli de très bonnes choses et de moins bonnes. Au nombre des bonnes, l'actrice Jeanne Balibar prête magnifiquement son talent au personnage, habitant cette voyageuse avec énormément de savoir-faire et de finesse.

Procédant par ellipses pour évoquer tour à tour, le passage des saisons et les différents voyages effectués par l'héroïne, Amalric filme plus des impressions que des scènes. Une sensation qu'accentue encore l'utilisation de l'omniprésente voix off. Le discours direct est quasiment banni du film et n'exprime en général que peu de choses hormis dans la scène de la rencontre finale.

Si les choix esthétiques du réalisateur ne sont pas toujours des plus convaincants, force est de constater que son équipe de tournage réduite et l'absence de contraintes techniques trop pesantes lui offrent une liberté qu'il utilise plutôt bien. Cependant, malgré ses indéniables qualités, Le stade de Wimbledon est aussi révélateur d'une certaine dérive du cinéma français : celle d'un art trop cérébral et trop abscons fermé au plus grand nombre à force de références ou d'étroitesse de vue. Ceux qui ne parviendront pas à prendre le train en marche risquent ainsi de ne pas être séduits et de s'ennuyer pendant le film.

On ne peut que regretter ce manque d'ouverture du film, d'autant que pour peu que l'on se donne la peine d'y prêter attention, Amalric y affine son talent de belle manière. Il cède cependant trop souvent à quelques facilités de style qui plombent un film trop évasif pour vraiment séduire.
Auteur :Guillaume Branquart
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