30 novembre 2020
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Le Temps qui reste de François Ozon : La critique

Le silence et la fureur.

Tout rangez avant de disparaître. Ne pas laissez de désordre derrière soi. Romain, la trentaine, photographe, va mourir. Son cancer est irrémédiable. Alors, il faut tout ranger. Là, où certains auraient montré l'autodestruction du héros, François Ozon décrit, avec intelligence, un rebelle métamorphosé en quidam.

La construction plutôt que la déconstruction. Car, c'est bien le centre névralgique du "Temps qui reste". Un temps qui s'effiloche et qui bientôt n'existera plus pour Romain. Laisser une belle image de soi, posséder une famille, une descendance, un ami sur qui compter. Ne plus jouer au James Dean de bas étage.

Romain, c'est Melvil Poupaud. Une gueule d'ange sublimée par une lumière délicate. A lui seul, il porte le film. Car autour de lui, François Ozon a pris soin d'effacer tous les artifices qui auraient pu diminuer la force du propos.

L'intrigue est simple, l'esthétique aussi. Filmer simplement, c'est peut-être ce qui a de plus difficile à réaliser. Faire confiance aux dialogues, aux jeux des acteurs et à la force des sentiments qu'ils transmettent. Après la regrettable parenthèse que furent "8 femmes" et "Swimming Pool" (sommets de lourdeur et d'ennui), Ozon revient à la simplicité.

"Le Temps qui reste" se place dans la droite lignée de "5x2". Pas uniquement parce que l'on retrouve Valérie Bruni-Tedeschi. Aussi parce que la photographie est toujours aussi belle, conférant à l'image une délicatesse que l'on ose à peine déranger. Romain donne le rythme du film. S'il hausse la voix, on respire, on l'accompagne dans ce coup de sang, ravi que l'homme vit encore. S'il se contente d'observer ce qu'il l'entoure, de se souvenir de son enfance, on suit le chemin de ses pensées.

Ce sont ses derniers moments, à lui de décider ce qu'il veut en faire. Muni de son appareil photo, il veut tout enregistrer. La photo permet de capter un instant, un seul et de l'immortaliser…à tout jamais.

Alors Romain ne mitraille pas. Il choisit la scène à photographier, sachant que la mort, si proche, l'empêchera bientôt de vivre ces instants. L'idée prend corps au cours d'une magnifique scène entre Jeanne Moreau, la grand-mère, et Romain, le malade. Avec un tel parti-pris esthétique (simplicité et lumière irradiant le visage de Melville Poupaud), l'émotion inonde naturellement le film.

"Le Temps qui reste" est touchant, émouvant, d'une sensibilité rare. D'une sensibilité qui perdure jusqu'aux dernières secondes, jusqu'à la dernière scène : coucher de soleil sur plage déserte. Le tout s'achève sur des points de suspension. Pas besoin d'en dire plus. La nuit grignotant petit à petit Romain donne au spectateur un symbole facile à saisir. Parfois, il suffit d'en faire peu pour en dire plus.

Auteur :Matthieu Deprieck

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