30 novembre 2020
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Le Temps qui reste : La critique du film

"Le temps qui reste"...

Patient : Romain. Age : la trentaine. Qualités : bon photographe de mode, mignon, sûr de lui, concentré. Défauts : froid, indécis, égoïste, antipathique, méchamment franc, et un peu agressif.   Problèmes : tumeur maligne, plus que 3 mois à vivre, une sœur désespérée, un père je-m'en- fout-iste, un amant à côté de la plaque, une serveuse bien trop demandeuse.  Le parcours est tout tracé, c'est une chute vertigineuse. Un parfait play-boy fauché dans la fleur de l'âge, non pas par le sida, mais une bête tumeur maligne qui n'aurait pu être évitée ou soignée. Deux possibilités s'offrent ainsi à Romain : continuer dans sa perspective égoïste tout en réglant ses comptes au passage et se défoulant sur le premier quidam, ou enfin s'ouvrir aux autres, car mourir seul, c'est tout de même bien triste.

Plutôt que de trancher vis-à-vis de ce dilemme de fin de course, François Ozon opte pour les deux solutions proposées ; loin de la focalisation sur les femmes, c'est la première fois que le réalisateur traite du ressenti masculin face à la fatalité. Respectueux des états d'âmes de son personnage principal auquel Melvil Poupaud apporte tout le recul qu'il est possible d'apporter à ce genre de rôle, la mayonnaise ne prend pourtant pas tant le chemin qui mène à l'émotion semble pavé des clichés du genre. Fleur fanée, souvenirs en numérique, recherche de la foi (ou du pardon ?), autant de symboliques si évidentes qu'elles viennent barbouiller une réalisation pourtant subtile et adaptée.Le pèlerinage de Romain subissant de nombreuses coupes au montage, ne nous permettra pas de cerner son véritable mal-être, ni les motivations le poussant à se confronter à son passé, passé où le bonheur était si contagieux qu'il l'a isolé comme un ermite. De messes-basses en dialogues inachevés d'un prévisible navrant, père, mère, mais surtout grand-mère tenteront de combler le vide du reste de vie de Romain, alors qu'il hésite à se laisser porter par un instinct de quasi-conservation lors d'une rencontre fortuite mais lourde de sens. Une vie se termine, une autre doit-elle reprendre ? La réponse se trouve au bout du chemin d'à peine une heure vingt.

Tous les personnages du paysage semble avoir côtoyer le deuil chacun à leur manière, de la perte à l'inachevé, Romain est comme un mauvais élève dont la punition va se révéler sévère. Le larmoyant est évité, mais Ozon laisse sur le côté la réflexion réelle sur le deuil à faire, se limitant à une quête de rédemption où les obstacles sont absents (tolérance omniprésente, très peu de conflits), et ou l'érotisme poussif trouve un but défoulatoire dans un premier temps, et libérateur par la suite.  Le sujet est contourné, pour mieux permettre au spectateur de se faire son idée, à défaut de l'appréhender par identification à un personnage si distant. Pas évident, la qualité est à l'image, mais on reste sur une philosophie teintée d'ironie ; « c'est beau la vie, spécialement quand on va mourir », pourrait-on se dire en conclusion. Pour les fans de Melvil Poupaud…
Auteur :Julien Leconte
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