29 novembre 2021
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Le Transporteur II : Critique

Faiseur sympathique de chez Europa corp, Louis Leterrier est à Luc Besson ce que Michael Bay est à Jerry Bruckheimer : un compagnon de galère cinématographique. Après un petit film art et essai très subtile et intimiste (le pas si nul "Danny The Dog"), le duo revient en force avec "Le Transporteur II" ou les suites des aventures de Franck, transporteur hyper professionnel et dangereux, qui aura fort à faire avec des méchants vraiment pas sympas.

Voilà donc "Le Transporteur II", un film avec plein de trucs dedans : de l'action, de la castagne, des explosions, des poursuites (de l'action quoi) mais aussi des acteurs (François Berléand, clairement en vacances...) et de l'émotion (la mort de la méchante vous tire des larmes !!!). Plus fort que Kubrick et Bergman, Luc Besson torche le scénario le plus crétin de tous les temps pour accoucher d'un fascinant dégeuli filmique. Une performance.

En marchant clairement sur les traces d'un certain type de cinéma américain, "Le Transporteur II" part sur des bases finalement assez sympathiques. Pourquoi tous les Michael Bay et autres Rob Cohen auraient-ils le monopole du cinéma d'action mondiale ? En France aussi, on peut faire de l'argent avec des films bourrés de mauvaise musique et de cascades. La preuve : la nouvelle vague européenne vient de l'écurie Besson. Un "scénario" écrit sur un coin de table un soir de beuverie, quelques acteurs, un peu d'argent et vogue la galère. Le reste n'a strictement aucune importance puisque pour attirer le client potentiel les types du marketing vont mettre sur l'affiche une pouffiasse à moitié nue tirant sur Jason Statham. C'est beau le grand cinéma.

Face à ce désastre pelliculé de tous les instants, deux types de réactions possibles : 1 (déconseillé) on quitte la salle et on verra la fin sur TF1 dans deux ans. 2 (recommandé) on se contrefout de ce grand n'importe quoi en essayant d'en retirer le maximum de plaisir coupable. N'importe quoi, c'est le maître mot d'un script inepte qui repousse sans cesse les limites de la crédibilité et de la putasserie. Avec comme personnage féminin principal une blonde en string armée de deux mitrailleuses et un méchant sorti d'un mauvais épisode de "Deux flics à Miami", "Le Transporteur II" aligne des morceaux de bravoure édifiants. Quand il ne fait pas des triples saltos arrières avec sa super Audi afin de désamorcer une bombe fixée sur le bas de caisse (sans conteste le moment le plus crétin de l'année), Franck poursuit des méchants en jet ski, en ferrari et même à pied. Ces moments forts sont autant d'occasions pour Louis Leterrier de prouver que n'est pas Michael Bay qui veut.

Si "Le Transporteur II" fait très vaguement penser à "Bad Boys" (buddy movie à Miami sur fond de bastons décontractées), il reste un fossé technique énorme entre la production Besson et Bruckheimer. Tout d'abord, les effets visuels numériques totalement foireux du film de Leterrier ne peuvent à aucun moment rivaliser avec les productions US actuelles. A ce titre, la scène du crash de l'avion est tout simplement consternante du point de vue des images de synthèse et font penser que la France a une bonne dizaine d'années de retard sur ILM ou Weta digital. A l'époque de "La Guerre des Mondes", et même si le budget du "Transporteur II" ne peut rivaliser avec ces blockbusters, la comparaison s'avère peu flatteuse. Ensuite, Leterrier et Besson n'ont pas jugé utile de tenter de maintenir une quelconque illusion de crédibilité dans les scènes d'action. Entre une poursuite jet ski-bus scolaire grotesque et un final proprement ahurissant (!) on ne sait plus trop s'il faut rire ou pleurer.

Que reste-il alors à sauver ? Deux scènes de castagne suffisamment spectaculaires et bien filmées pour retenir l'attention et le charisme de Jason Statham comme souvent totalement dévoué à un film qui ne le mérite pas vraiment. Sans être détestable, "Le Transporteur II" ne jure absolument pas dans la filmologie sinistrée d'Europa corp peuplée de "Taxi 2", "Wasabi" et autres "Yamakasi". Après "Banlieue 13", "Le Transporteur II"... Une certaine idée du cinéma. Peut être pas la meilleure.

Auteur :Frédérick Lanoy
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