27 octobre 2020
Critiques

Le vent se lève : La critique du film

Cinq ans après sa dernière œuvre, "Ponyo sur la falaise", le réalisateur de films d'animation le plus connu du Japon revient pour nous offrir son dernier long métrage sur un thème tout ce qu'il y a de plus réel avec cette biographie d'un des plus important ingénieurs aéronautique japonais Jiro Horikoshi.

Hayao Miyasaki s'aventure donc dans un récit illustré qui se doit de correspondre à la réalité, mais il va tout de même y incorporer sa petite touche personnelle, ainsi que ses thèmes favoris !

Pour moi, Miyasaki c'est "Totoro", "Le château ambulant", "Le voyage de Chihiro", "Porco Rosso". C'est l'innocence, la magie, l'univers et la surprise du Japon, de l'action et du rire. C'est du rêve, de l'enfance, des convictions, et souvent, une musique extraordinaire. Oui, on retrouve un peu de tous ces aspects dans ce récit biographique qui est totalement imprégné de la patte du maître. Mais tout est soudain mis à l'échelle humaine et à sa beaucoup trop lourde réalité. Les rêves ne sont que des ambitions, l'innocence est une modestie très japonaise, mais peu réelle. L'envie de voler est peu transmise, le rythme est absent et la joie éteinte. La vraie vie fait ça.

Le biopic tue la passion. Hayao Miyazaki a toujours intégré le fait de voler à ses œuvres. Dans "Le vent se lève", il nous transmet son obsession pour les avions, ces engins, véritable incarnation de ses désirs les plus fous, personnifiés, partie intégrante du récit et de ses parties. On est en deuil quand ils meurent, ivre de joie pour leur premier vol. Tels des pionniers, des aventuriers et des explorateurs, leurs créateurs sont hissés au statut de génie et de meneurs, réussissant également à être immaculés de défauts, dans leurs actions, leurs idéaux et leurs vies. Leurs échecs ne sont qu'une étape dans leur évolution. Et bien "Le vent se lève" c'est ça. Ce besoin de célébrer le génie et une certaine forme de beauté… Au travers de structures métalliques, de plans, de vis, de moteurs et d'huiles.

Un rêve d'ingénieurs, mais hélas, un manque fort de rythme et d'enchaînements. Réussir à intéresser le spectateur sur des avions d'avant guerre sans trop tomber dans l'exagération des premières inventions, c'est déjà fort. Mais il ne faudrait pas abuser de notre patience tant notre héros et son complice ne sont pas des pilotes. Les vols sont peu nombreux, interrompus dans notre expérience aérienne par de très nombreux dialogues peu mémorables mais ô combien omniprésents. On ne ressent que peu cette ivresse.

La romance est aussi très étrange. On l'attend, on la découvre et la suit, mais on n'y est jamais totalement embarqué du fait du drame permanent. La bande annonce est (comme souvent) mensongère : Elle donne l'impression d'une tendresse et d'une constante réunion entre les deux amoureux, oubliant de ce fait que la véritable substance de l'histoire concerne la mécanique et les avions. La séparation, la souffrance, la maladie n'ont de cesse de nous recentrer sur le travail de l'homme, du modèle de dévotion et de son but ultime. La beauté du Japon en illustre toute l'ambition. Les dessins sont toujours superbes, les personnages et les objets soignés et magnifiques. Parfois même, cet aspect peinture dérange un peu. On ressent le décalage entre la partie mouvante de l'image, et le reste figé. On se permet de prendre son temps pour en observer certains, le temps ne nous manquant pas pour bien regarder tous ces détails.

L'ennui, donc, est beaucoup trop palpable. Le manque d'intérêt devant cette manière d'utiliser l'art pour illustrer le commun et le réel, est aussi très fort tant le personnage est passionnant, mais pas assez. Il manque cette fantaisie, cette sensation enfantine et commune de découvrir le monde et ses beautés, que seul le travail de l'ingénieur illustre ici. C'est peu communicatif, respectant l'homme et son histoire, mais manquant de peindre avec grandeur, son rêve et son but. Cette suprématie du génie en est triste et longue.


Une critique publiée avec l'aimable autorisation du site Les Chroniques de Cliffhanger que nous remercions chaleureusement.
Auteur :Fred Teper
Tous nos contenus sur "Le vent se lève" Toutes les critiques de "Fred Teper"

ça peut vous interesser

Le Château Ambulant : Il vous rend heureux !

Rédaction

La poésie de Hayao Miyazaki

Rédaction

Concours : Le vent se lève

Rédaction