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Le Vilain : Vilain film !

"Le Vilain" commence bien. Il ne démarre pas de façon hystérique et s'annonce d'entrée comme un film moins harassant qu'"Enfermés dehors", qui ressemblait à un sketch de Francis Perrin sous amphétamines. Pendant un certain temps, on oublie même la détestable personnalité de Dupontel à la ville : c'est dire la force de persuasion de Catherine Frot, seule au coeur de l'introduction du film, et qui laisse entrevoir une véritable évolution dans le cinéma du monsieur. Non seulement par son calme relatif, mais également par le fait qu'un(e) autre que lui puisse tenir la tête d'affiche d'un de ses films...

Lui qui faisait cavalier seul jusque là semble enfin déterminé à s'ouvrir. C'est le véritable atout du "Vilain", qui n'a pas des allures de one man show mais tente pour une fois l'échange et le partage. Dans le rôle de cette petite vieille affligée par les agissements de son rejeton devenu adulte, Frot livre une prestation savoureuse et bien mise en avant. Dupontel, lui, fait du Dupontel. Il affirme régulièrement n'avoir fait de la scène que pour accéder au septième art, mais se livre une fois encore à une pure représentation, avec mimiques et répliques accrocheuses, comme au temps où il racontait Rambo ou tentait de parler de Sartre. Il est le principal défaut de son propre film, alors que donner le rôle principal à un autre aurait eu tellement de gueule.

Mais passons : le vilain du film, c'est lui, et c'est ainsi. Le scénario se résume en grande partie à un échange de mauvais tours entre ce sale type et sa "gentille" maman, qui multiplient les coups fourrés pour se débarrasser l'un de l'autre. Il y a un vrai côté théâtre de boulevard, avec un découpage en scène et en actes assez évident, et des personnages qui passent les portes comme s'ils entraient sur les planches. Sauf qu'en plus, Albert fait du dégât, ce qui n'est possible qu'au cinéma. Il fait valdinguer des tortues, renverse des horloges, fait pleuvoir des chats...

Sa fascination pour la destruction, qui semble être une fin en soi mais n'amuse plus que lui, est filmé avec moins d'excitation que dans "Enfemés dehors", ce qui ressemble longtemps à un point fort. En fait, cet apaisement relatif dans la mise en scène apparaît comme une vraie tare et fait une nouvelle fois regretter le style original, percutant et mesuré du Créateur. Cela donne l'impression que, pendant que Jeunet se dupontelisait en faisant tout péter n'importe comment, Dupontel s'est, quant à lui, jeunetisé. Il filme la bonne vieille maison familiale et son parquet bien lustré. Le gentil voisinage plein de vieux bienveillants, tous prêts à lutter contre le méchant envahisseur capitaliste.

Il conclut - ou presque - dans une certaine mièvrerie, prônant l'amour-plus-fort-que-tout contre toute attente... Et puis il filme vieux, vieux, avec des mouvements de caméra mal huilés et des champs contrechamps ampoulés. Ce qui laisse tout le temps de réaliser à quel point le scénario du "Vilain" est vide et vain. Chaque vacherie mène à une autre, de façon logique ou non, et la maigre évolution de l'intrigue n'a franchement rien d'un ressort dramatique poussé.

Dupontel a toujours préféré les personnages barrés aux intrigues élaborées, mais ce quasi huis clos fait preuve d'un immobilisme total et crée de grands moments de solitude en compagnie de deux personnages bien trempés mais dont on finit par se désintéresser totalement. Parce que leurs agissements n'ont pas de sens. Parce que leur destinée n'a pas de sel.

Avec le petit magot que le film ne manquera sans doute pas d'amasser, pourquoi ne pas s'offrir J'écris un scénario ou ce genre de truc, monsieur Dupontel ? Ça vous rendra peut-être un peu d'humilité et d'esprit critique sur votre propre travail.

Auteur :Thomas Messias
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