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Le Village de M. Night Shyamalan : La critique

Encore une fois avec "Le Village", et depuis 1999, les amateurs de fantastique attendent chaque nouvelle livraison de M. Night Shyamalan. Ainsi 6ème sens (à ne pas confondre avec "Le 6ème sens" de Michael Mann, première adaptation de Dragon rouge) et ses revenants puis "Incassable" et son analyse du super-héros, ont permis à Bruce Willis de nous offrir deux de ses plus belles prestations. Par contre, "Signes" et son invasion extra-terrestre s'affichent comme un demi-échec.

La force de ce réalisateur est donc de pouvoir recycler avec un rare talent des thèmes qui ont fait les beaux jours de la série B fantastique.

Cette fois, le cinéaste s'amuse à réactualiser les contes d'autrefois en ravivant les terreurs ancestrales, celles qui surgissent d'une forêt en pleine nuit ou sous la forme d'un monstre tapi dans l'ombre scrutant le moindre mouvement.

A ce titre, les écrits du romancier HP Lovecraft ne semblent jamais loin et rappellent à quel point, la peur peut facilement s'immiscer par le biais d'une vieille légende.

A la manière des Amish (une communauté évoquée dans le film "Witness" avec Harrison Ford), les habitants du village de Covington ont choisi de vivre à l'écart du monde. Prohibant la couleur rouge (signe d'agressivité à leurs yeux), les Anciens ont conclu une sorte de pacte (avec le diable ?) qui leur dicte de ne pas franchir les limites du village.

D'une étonnante dextérité, la mise en scène choisit d'appliquer les règles du petit budget, primant la suggestion tout en teintant l'intrigue d'une aura surnaturelle. Le récit prend soin de façonner une ambiance tendue voire pesante non pas seulement par la présence latente de la créature mais aussi par la découverte d'une mystérieuse boîte noire.

Les Anciens (extraordinaires William Hurt, Sigourney Weaver et Brendan Gleeson) se présentent comme des individus ambigus qui prétendent que la dite boîte est maudite. Au-delà de cet étrange accord conclu, les villageois ne sont-ils pas prisonniers de leurs angoisses ? Ainsi on évolue dans ce microcosme campagnard sans aucun point de vue extérieur.

La relation sentimentale entre le sage Lucius Hunt (Joaquin Phoenix d'une sobriété exemplaire) et la fougueuse aveugle Ivy Walker (Bryce Dallas Howard, la révélation du film) constituera le premier pas vers la vérité.

De cette romance découlera un nouvel enjeu qui amènera à l'heure tant attendue de la traversée des bois. Dans cette ultime épreuve se profile une relecture du célèbre petit chaperon rouge de Charles Perrault. Traverser la forêt, c'est affronter ses propres démons.

Autre qualité, le film prend le contre-pied du blockbuster : pas de recours aux effets faciles (mouvements brusques de caméra ou montage cut), aux artifices gores ou aux bruitages assourdissants. On évite l'aspect ridiculement numérique de la bête du Gévaudan (cf. "Le Pacte des Loups"), les courtes interventions de la créature à l'allure pourtant "kitsch" étant suffisamment effrayantes.

Si l'histoire fonctionne si bien, c'est parce que le réalisateur imprime sa marque de fabrique (une apparition clin d'œil récurrente comme chez Hitchcock) en soignant ses cadres, en ménageant les moments de tension et en laissant le mystère s'épaissir dans l'esprit du spectateur.

De là à discerner une métaphore sur la dérive sécuritaire, on y verrait plutôt une réflexion subtile sur le modernisme.


Publiée avec l'aimable autorisation de la rédaction des Héros de l'Ecran


Auteur :Fabien Rousseau
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